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15/02/2013 02:37 EST | Actualisé 16/04/2013 05:12 EDT

Pour ses 80 ans, Yoko Ono s'offre une rétrospective à Francfort

Un musée de Francfort (ouest) présente à partir de vendredi une rétrospective de l'oeuvre de Yoko Ono, qui fêtera lundi ses 80 ans et dont les travaux ont souvent été éclipsés par son statut d'icône pop en tant qu'épouse, puis veuve, de John Lennon.

Le célèbre chanteur des Beatles, assassiné en 1980, l'avait un jour décrite comme "la plus célèbre des artistes inconnues", tant leurs réalisations en couple, comme leurs fameux "bed-in" pour la paix dans le monde, avaient relégué son oeuvre plus personnelle à l'arrière-plan.

"John Lennon me disait: +Apporte moi de la vérité+. Car nous les artistes, nous avons la dignité de dire la vérité au monde, contrairement aux hommes politiques", raconte Yoko Ono, venue à l'inauguration de son exposition avec ses sempiternels lunettes de soleil, habits et chapeau noirs.

"Mais on ne connaît toujours que la moitié de la vérité. L'autre partie est invisible (...), c'est à vous de la compléter, d'imaginer, de participer", ajoute-t-elle à l'intention de son futur public.

Le musée Schirn Kunsthalle de Francfort a rassemblé environ 200 objets, films, installations, photographies, dessins, textes et musique pour refléter la dimension multimédia des oeuvres, et offre souvent la possibilité de les toucher ou d'en être partie prenante, conformément aux voeux de l'artiste.

"C'est la rétrospective la plus complète qui ait jamais été consacrée à Yoko Ono en Europe", selon le directeur du musée Max Hollein. Et elle sera itinérante: après Francfort, elle voyagera au Danemark, en Autriche puis au musée Guggenheim de Bilbao (Espagne).

Si elle retrace l'ensemble de la carrière de l'artiste, l'exposition met l'accent sur les années 1960 et 70, sa période la plus novatrice.

Issue d'une famille de l'élite japonaise proche de la maison impériale, ayant grandi au Japon et aux Etats-Unis, Yoko Ono entre en scène dans les milieux avant-gardistes new yorkais à la fin des années cinquante.

Très influencée par son mentor, le compositeur et plasticien John Cage, elle rejoint le mouvement d'art contemporain qu'il a inspiré, Fluxus, qui cherche à intégrer le public à la création artistique pour supprimer les barrières entre l'art et la vie.

Dès ses débuts elle s'ingénie à déconstruire l'art tel qu'on le conçoit à l'époque dans les musées, à interpeller, à militer pour la paix et pour l'égalité des sexes, souvent par le biais de performances.

En 1964, dans "Cut Piece", elle invite ainsi le public à la dénuder sur scène en découpant ses vêtements aux ciseaux, "une performance pionnière de l'art corporel féministe, à une époque où la théorisation féministe n'existait pas encore", rappelle Ingrid Pfeiffer, la commissaire de l'exposition.

En guise de "peintures", Yoko Ono expose par exemple des vitres transparentes où le principe consiste à "laisser passer la lumière du soir" ou à les arroser de gouttes d'eau.

A l'image de ses nombreux écrits, qui évoquent souvent avec poésie les éléments naturels (terre, eau, feu, air), "il y a peu de matérialité dans son oeuvre, il s'agit surtout de constructions de l'esprit", explique encore Mme Pfeiffer.

Une salle est aussi consacrée à sa riche carrière musicale, avec John Lennon et en solo avec son groupe Plastic Ono Band, qui existe toujours: Yoko Ono donnera dimanche soir un concert à Berlin, à guichets fermés.

Que va-t-elle faire après ses 80 ans? "J'ai décidé de commencer une deuxième vie où je vais faire toutes les choses que je n'ai encore jamais faites", sourit l'artiste qui a déjà tout essayé, ou presque. L'an dernier déjà elle a ainsi relevé un nouveau défi en se lançant dans la mode.

("Half-a-wind show. Une rétrospective", du 15 février au 12 mai au musée Schirn Kunsthalle de Francfort. http://www.schirn.de/en.html).

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