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15/02/2013 06:17 EST | Actualisé 17/04/2013 05:12 EDT

Pour les Syriennes, donner naissance est un parcours de combattant

Dans le nord du Liban, des réfugiées syriennes, le ventre plus ou moins arrondi, attendent de voir une gynécologue. Stressées par la violence et anémiées, nombre d'entre elles accouchent d'enfants prématurés auxquels elles n'ont parfois pas de toit à offrir.

A Tripoli, la grande ville du nord du Liban qui accueille des milliers de réfugiés, elles sont des dizaines à patienter dans une clinique mise en place par une association caritative, n'ayant pas les moyens de s'offrir une place dans les coûteux hôpitaux libanais.

"Leur stress et leur peur peuvent également provoquer des fausses couches", explique à l'AFP le docteur Nachwa Chaqfi, qui prend en charge gratuitement ces femmes avec l'aide d'une infirmière.

Dans une petite pièce aux murs nus, derrière un mince rideau blanc, cette gynécologue examine chaque jour des femmes venues parfois de l'extrême nord de la Syrie, après avoir parcouru plusieurs centaines de kilomètres sous les tirs et les raids aériens.

Son confrère Ghazi Aswad ajoute: "il y a des femmes qui ont accouché ici et nous pensons que ces enfants sont le fruit de viols commis par les milices, même si elles n'en parlent pas à cause des tabous de la société syrienne, très conservatrice".

L'organisation International Rescue Committee (IRC) avait indiqué en janvier, s'appuyant sur des témoignages, que le viol devenait un phénomène "inquiétant" en Syrie où "beaucoup de femmes et de filles ont raconté avoir été attaquées en public ou chez elles, en général par des hommes armés".

Malgré leurs conditions de vie précaires, les réfugiées sont, d'après le docteur Chaqfi, bien plus chanceuses que leurs compatriotes qui n'ont pas pu quitter la Syrie, où l'angoisse de la grossesse est décuplée en raison des violences.

"Les césariennes explosent là-bas, car de nombreuses femmes redoutent que le travail ne commence la nuit et qu'elles ne puissent se rendre à l'hôpital, rapporte la gynécologue, qui est en contact permanent avec des collègues en Syrie.

"Elles profitent d'une accalmie dans les combats pour accoucher par césarienne, parfois bien avant le terme", dit-elle.

C'est le cas d'Oum Noura, une Syrienne de 25 ans, qui a connu l'été dernier les affres d'un accouchement à Homs, la grande ville du centre de la Syrie meurtrie par la guerre.

"Quand je me suis réveillée de l'anesthésie, la première chose que j'ai entendue a été le bruit de mitrailleuse à l'extérieur de l'hôpital", se rappelle-t-elle.

Comme toute femme enceinte, elle a connu des crampes qui l'empêchaient de dormir pendant le neuvième mois, mais aller à l'hôpital a été un vrai calvaire.

"Nous avons franchi plusieurs barrages avant d'arriver à l'hôpital; j'ai dû prétendre que j'allais accoucher", raconte-t-elle à l'AFP via Skype.

"A l'hôpital, même la maternité était pleine de militaires", se souvient-elle. Selon des militants, des soldats interrogent les blessés dans les hôpitaux en vue d'identifier d'éventuels dissidents ou rebelles.

Une fois sur place, Oum Noura a pris une décision non sans danger: accoucher par césarienne, malgré les risques de l'opération et la difficulté à trouver du sang pour les transfusions.

Cette diplômée en architecture a fait ce "choix" car "c'était trop risqué de refaire le trajet entre la maison et l'hôpital". "Il n'y a qu'un hôpital fonctionnel" dans la ville, selon elle.

D'après le chef de la mission de Médecins sans frontières (MSF) en Syrie, Franz Luef, plus de 40% des accouchements dans le pays se font actuellement par césarienne.

"Le service public de santé s'est écroulé en Syrie et aucune organisation ne peut le remplacer. Il est donc souvent impossible de délivrer les soins obstétriques d'urgence" ce qui peut mener au décès de la mère et de l'enfant, explique-t-il à l'AFP.

Dans un pays où le système de santé public était efficace et quasiment gratuit, l'alternative qui se présente est désormais l'avortement, la mère craignant de ne pas pouvoir subvenir aux besoins du bébé alors que le conflit, qui a déjà fait 70.000 morts en 23 mois selon l'ONU, menace de se prolonger.

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