NOUVELLES
15/02/2013 12:14 EST | Actualisé 17/04/2013 05:12 EDT

Nouveaux heurts entre police et manifestants à Bahreïn

Les forces anti-émeutes ont dispersé par la force vendredi des protestataires qui ont bloqué des axes routiers près de Manama, au lendemain de heurts meurtriers marquant le 2e anniversaire du soulèvement animé par la majorité chiite dans ce petit pays du Golfe.

Les échauffourées ont eu lieu à la fin d'une manifestation de milliers de partisans de l'opposition criant "A bas la dictature" à Boudaya, une route reliant plusieurs villages chiites, avec la participation notable de cheikh Ali Salmane, le chef d'Al-Wefaq, la principale formation chiite.

Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes et de bombes assourdissantes pour disperser les manifestants qui leur ont lancé des pierres et ont entravé la circulation sur plusieurs axes par des bennes à ordures et des blocs de béton, selon des témoins.

Plus loin, les forces de sécurité sont également intervenues pour éloigner un groupe de protestataires qui tentaient de marcher sur la "Place de la Perle", symbole du soulèvement du 14 février 2011 maté par le pouvoir sunnite un mois plus tard, a-t-on ajouté.

Les protestataires répondaient à l'appel du Collectif du 14-Février, un mouvement radical clandestin, qui a tenté en vain jeudi de marcher sur cette place, dont le monument central a été totalement rasé par les autorités en mars 2011.

Ce regain de tension intervient alors qu'opposition et gouvernement ont engagé le 10 février un dialogue dont la prochaine séance est prévue mercredi. La dynastie sunnite n'a fait aucune concession politique de fond à l'opposition qui veut des réformes démocratiques.

"Le gouvernement ne permettra pas le recours à la violence comme moyen de pression sur les négociateurs", a déclaré le ministre de la Justice, cheikh Khaled Al-Khalifa. "Celui qui a des revendications sérieuses et réelles ne doit pas inciter à la violence".

"Le peuple est déterminé à obtenir ses droits légitimes pacifiquement", a rétorqué dans un communiqué l'opposition, qui réclame notamment une monarchie constitutionnelle, un gouvernement issu d'élections et la fin de la discrimination confessionnelle.

Le ministère de l'Intérieur a annoncé la mort dans la nuit d'un policier, Mohamed Atef, touché par un projectile incendiaire lancé par des manifestants à Al-Sahla, un village chiite près de Manama.

En outre, a-t-il ajouté, une unité de la lutte anti-terroriste a désamorcé jeudi soir une bombe de près de deux kilogrammes, placée sur le pont-digue qui relie Bahreïn à la province Orientale d'Arabie saoudite où se concentre la minorité chiite de ce royaume à majorité sunnite.

Jeudi, la police a lancé des gaz lacrymogène et tiré à la chevrotine pour disperser des centaines de manifestants qui leur lançaient pierres et cocktails Molotov dans des villages chiites. "Le peuple veut la chute du régime", "A bas Hamad", le roi de Bahreïn Hamad ben Issa Al-Khalifa, ont-ils scandé.

Un manifestant de 16 ans, Hussein al-Jaziri, a été tué par des tirs à la chevrotine et le parquet a annoncé qu'il interrogeait deux policiers soupçonnés d'implication dans sa mort.

"Hussein al-Jaziri a été tué de sang froid", a accusé l'opposition, déplorant "des dizaines de blessés et plusieurs arrestations illégales".

La répression de la contestation s'est soldée par 80 morts selon la Fédération internationale des droits de l'Homme. Plusieurs dirigeants de l'opposition ont été emprisonnés alors que les manifestations chiites ont continué à secouer le pays.

Des troupes venant des monarchies voisines du Golfe, notamment d'Arabie saoudite, sont déployées dans le royaume qui abrite le siège de la Ve Flotte américaine.

wak/tm/tp