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15/02/2013 10:57 EST | Actualisé 17/04/2013 05:12 EDT

L'Afrique du Sud doute après le drame Pistorius: trop d'armes, trop de machisme ?

Le problème des armes à feu mais aussi de la violence dans les couples en Afrique du Sud était relancé vendredi après le drame impliquant le coureur Oscar Pistorius, fierté nationale jusqu'à ce jour fatal de la Saint-Valentin 2013 où il est accusé d'avoir tué sa petite amie avec son 9 mm.

Choqués, des commentateurs ont commencé à critiquer la détention d'armes de poing, répandue parmi les Sud-Africains blancs qui se justifient par le niveau élevé de criminalité et le manque de confiance dans la police.

"Si Pistorius n'avait pas eu de pistolet, Reeva serait encore en vie", soupirait sur un plateau de télévision Adele Kirsten, de l'association Gun Free South Africa (Afrique du Sud sans arme).

Reeva Steenkamp est le mannequin de 29 ans que Pistorius fréquentait depuis novembre, retrouvée morte jeudi matin à son domicile de Pretoria.

L'Afrique du Sud a modifié sa législation sur le contrôle des armes à feu en 2004 pour la rendre plus contraignante pour ses détenteurs.

Le texte avait été adopté quelques semaines après la terrible mésaventure arrivée à un ex-joueur de rugby, Rudi Visagie, meurtrier de sa fille, confondue avec un voleur. Il avait été relaxé, la justice considérant qu'il avait suffisamment souffert de la perte de sa fille.

"Nous avons une très bonne législation en Afrique du Sud mais nous avons encore beaucoup de travail à faire et trop d'armes en circulation", a précisé Mme Kirsten à l'AFP. D'autres sources estiment que le nombre de propriétaires d'armes à feu est plusieurs fois supérieur à celui des Etats-Unis.

"La loi a permis une réduction de 50% des morts causées par des armes de poing", selon elle, mais "il faudrait notamment interdire ces armes aux civils et les réserver aux policiers".

Selon les chiffres, l'Afrique du Sud compte 1,5 à 2,5 millions de détenteurs d'armes à feu enregistrés.

Ces armes avec port légal sont concentrées aux mains d'une minorité, surtout des Blancs de sexe masculin puisque sous l'apartheid jusqu'en 1994, les Sud-Africains noirs n'étaient pas autorisés à détenir des armes.

De nombreuses armes circulent aussi sous le manteau.

Concernant Pistorius, "que ce soit intentionnel ou non, là n'est pas le problème. On pouvait éviter ça, car la loi est claire: quiconque a été impliqué dans des violences ne doit pas détenir d'arme et la police peut l'en dessaisir. Pourquoi ils ne l'ont pas fait, ce sera à l'enquête de le dire. Mais si personne ne s'est jamais plaint, la police ne pouvait rien faire", a ajouté Mme Kirsten.

Pour avoir un port d'arme, Pistorius devait avoir un certificat attestant de ses qualités au tir et de témoignages à décharge de voisins sur sa santé mentale, ses addictions et son agressivité. Or il a été impliqué dans plusieurs incidents ces dernières années.

"La question doit être posée de savoir si les mesures existantes sont correctement appliquées par les autorités", s'interrogeait dans un communiqué l'institut sud-africain pour les relations raciales (SAIRR), fin observateur de la violence de la société sud-africaine.

L'Afrique du Sud a enregistré 30,9 homicides pour 100.000 habitants sur un an en 2011/2012, bien moins qu'en Amérique latine.

La violence reste cependant endémique, notamment au sein des couples et en politique. Reeva n'est que l'une des quelque 2.500 femmes adultes victimes de meurtre chaque année, près de sept par jour, selon le SAIRR, et la mort par balles d'un député peut être relégué en page intérieure des journaux sans que personne ne s'en émeuve.

De fait, estime Gareth Newham de l'institut des études de sécurité (ISS) à Pretoria, l'affaire Pistorius illustre le danger des armes à feu à la maison et de la protection illusoire qu'elles offrent mais "le problème est moins la détention d'armes que la violence faite aux femmes".

"La première menace pour les femmes sud-africaines vient de leurs partenaires, des membres de la famille ou amis. 75% des agressions et viols ont des auteurs connus de la victime. L'affaire suggère que nous devons nous pencher plus attentivement sur la façon dont les hommes traitent les femmes et comment ils vivent leur masculinité. La violence est signe de faiblesse", a-t-il ajouté.

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