NOUVELLES
15/02/2013 01:54 EST | Actualisé 16/04/2013 05:12 EDT

L'Afrique du Sud commence à acheter africain, surtout du pétrole

L'Afrique du Sud, qui a longtemps tourné le dos au reste du continent, enregistre un essor continu de ses échanges avec les pays africains. La tendance s'est accélérée en 2012 pour remplacer le pétrole iranien et trouver de nouveaux débouchés commerciaux.

Première économie africaine malgré une croissance atone, l'Afrique du Sud est très dépendante pour ses importations de pétrole brut, qui jusqu'en 2011 provenaient à plus d'un quart (27,3%) d'Iran.

Les sanctions américaines l'ont obligé à revoir son approvisionnement en 2012. "Il n'y a eu pratiquement aucune importation de brut iranien, un peu seulement en début d'année", souligne l'association des industries pétrolières sud-africaines (Sapia).

Si le groupe pétrolier national Sasol s'est tourné vers l'Arabie Saoudite, d'autres acteurs ont massivement augmenté leurs importations en provenance du Nigeria et de l'Angola.

Ces importations de pétrole ont fait exploser la facture des importations sud-africaines au Nigeria entre 2011 et 2012 (+23% tous secteurs confondus) et en Angola (elle a quasi-doublé).

La part de l'Afrique dans les importations sud-africaines atteint désormais 10% du total (à plus de 74 milliards de rands en 2012, soit environ 6 mds d'euros) alors qu'elle importait à dose homéopathiques en l'an 2000 (3% environ).

En douze ans, les importations sud-africaines venant du continent noir ont été multipliées par près de quatorze. Dans une large mesure, il s'agit de produits miniers et de pétrole.

L'Afrique du Sud exporte aussi davantage vers l'Afrique, des métaux de base, des machines-outils, des avions et des voitures: les montants ont quadruplé depuis l'an 2000 (à plus 120 milliards de rands en 2012 ou 10 mds d'euros environ) et l'Afrique du Sud réalise désormais près d'un cinquième de ses exportations sur le continent (18% en 2012), alors que ses marchés traditionnels européens sont en crise.

"Le commerce avec l'Afrique est extraordinairement important. C'est la seule région où nous avons un avantage compétitif et l'avenir de notre industrie manufacturière en dépend largement même si nous souffrons, notamment de la concurrence chinoise", analyse Jakkie Cilliers, directeur de l'Institut pour les études de sécurité (ISS) à Pretoria.

"Nous exportons surtout des biens à valeur ajoutée, contrairement au reste du monde qui nous achète des matières premières", y compris agricoles, ajoute-t-il.

Le changement est historique. Jusqu'en 1994, les échanges avec l'Afrique étaient entravés par le fait que Pretoria était en guerre avec plusieurs pays du continent, et que beaucoup de pays refusaient de commercer avec le régime raciste de l'apartheid.

Avec l'arrivée de l'ANC au pouvoir, la donne n'a pas immédiatement changé mais aujourd'hui, la ligne politique est de favoriser le commerce intra-africain.

Le premier voyage du président Jacob Zuma après son élection en 2009 a été réservé à l'Angola, pays considéré comme un débouché majeur depuis que la paix y est revenue.

L'Afrique du Sud cultive aussi ses bonnes relations avec la Guinée Equatoriale, pays pétrolier dont le président Teodoro Obiang Nguema a été reçu plusieurs fois malgré sa mauvaise réputation en matière de droits de l'homme mais dont Pretoria retient surtout qu'il a "une économie saine offrant des opportunités en abondance", selon un récent communiqué du ministère du Commerce et de l'Industrie.

"Il est évident que l'Afrique du Sud est de plus en plus partenaire des pays africains compte tenu de ses firmes minières, agroalimentaires ou télécoms. Elle est de plus en plus présente dans des zones où elle l'était moins par le passé, le Mali pour l'or par exemple", observe depuis Paris Philippe Hugon, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS).

"Je ne dirais pas que la diplomatie sud-africaine est totalement au service des intérêts des grands groupes nationaux même s'il y a quand même des liens", ajoute M. Hugon, citant l'exemple de la République démocratique du Congo, où la diplomatie sud-africaine soutient activement le président Joseph Kabila.

Les intérêts sud-africains en RDC se concentrent sur le secteur minier, plutôt au Katanga (sud) mais le long de la frontière avec l'Ouganda où un gisement pétrolier de tout premier ordre est exploré.

"Nos premiers partenaires commerciaux sont en Afrique australe", reprend M. Cilliers, "et la stabilité de la RDC et du Zimbabwe est très importante: on ne peut pas avoir une région prospère avec des guerres perpétuelles ou de l'instabilité en RDC".

L'Afrique du Sud réalise les trois-quarts de ses exportations africaines dans la zone australe, et y effectue la moitié de ses importations africaine.

clr/cpb/ide/sba