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15/02/2013 12:29 EST | Actualisé 16/04/2013 05:12 EDT

La Corée du Nord, un casse-tête chinois

Défi majeur pour le nouveau numéro un chinois, Xi Jinping, la Chine va devoir jouer de sa puissance de "grand voisin" à l'égard de la Corée du Nord ou se résoudre à voir s'installer à sa frontière un Etat nucléaire incontrôlable et sourd à ses appels au calme, selon les analystes.

Déjà aux prises avec le Japon sur la question de la souveraineté sur les îles Diaoyu/Senkaku, Pékin s'est vu défié frontalement mardi une nouvelle fois par Pyongyang, qui n'a tenu aucun compte de ses avertissements en procédant à son troisième test nucléaire, après un essai balistique réussi en décembre.

Mise à aussi rude épreuve, l'alliance Pékin-Pyongyang, plus que jamais sous les projecteurs après le tollé international qui s'en est suivi, est en passe de devenir une épine dans le pied de la diplomatie chinoise.

Celle-ci a fait part de sa "ferme opposition" au test en évitant, non sans tièdeur, le terme de "condamnation".

"L'erreur qu'a commise la Chine jusqu'ici, c'est de s'en tenir à des déclarations fortes non suivies d'actions particulières", estime Jing-Dong Yuan, expert des questions de sécurité asiatique à l'Université de Sydney.

"Du coup, Pyongyang, parfaitement conscient que la Chine est inquiète pour la stabilité (régionale), n'en poursuit pas moins sa propre politique", observe cet analyste.

Le mois prochain, Xi Jinping, nouveau chef du PC chinois, endossera sa fonction présidentielle, succédant à Hu Jintao, sous qui la Chine a opposé une résistance opiniâtre à des sanctions sévères contre Pyongyang au Conseil de sécurité de l'ONU.

"Pyongyang pousse la patience chinoise à ses limites extrêmes. De plus en plus de gens en Chine pensent que la Corée du Nord est plus un gage d'insécurité qu'un facteur de sécurité", juge Jia Qingguo, de l'Ecole des relations internationales de l'Université de Pékin.

La Chine défend officiellement paix, stabilité et dénucléarisation de la péninsule coréenne. "Le problème, c'est que les actes de la Corée du nord sont très déstabilisants", relève M. Jia.

Depuis 60 ans, les relations entre les deux voisins, mêmes refroidies aujourd'hui, sont l'affaire des deux partis communistes et des militaires autant que des diplomates.

Pendant la guerre de Corée (1950-53), c'est la Chine de Mao Tsé-toung qui avait sauvé de la débâcle le régime stalinien, au prix de quelque 400.000 morts dans les rangs chinois, selon les historiens.

Et aujourd'hui, économiquement exsangue, le régime de Pyongyang, où la famine a fait des centaines de milliers de morts à la fin des années 1990, est maintenu en survie par la Chine, qui lui fournit notamment la quasi-totalité de son énergie.

Pour les stratèges militaires chinois, la Corée du Nord est traditionnellement une "zone-tampon" qui évite le contact direct avec la Corée du Sud et les quelque 30.000 militaires américains qu'elle héberge.

Le nouveau train de sanctions en préparation à l'ONU devrait vraisemblablement aborder la question: en "fermant le robinet" du pétrole, même à moitié et temporairement, la direction chinoise provoquerait une onde de choc rapide en Corée du Nord, en forme de rappel à l'ordre.

Mais il lui faudrait pour cela parvenir à un consensus entre politiques, militaires et diplomates. La nouvelle direction chinoise, apparemment homogène pour tenir la dragée haute au Japon sur les Diaoyu/Senkaku, pourrait s'avérer nettement plus frileuse à l'heure de sanctionner l'allié nord-coréen.

Pour les militaires, le dilemme est de taille: hyper-nationaliste et surarmé, le régime nord-coréen est en passe de réussir son pari nucléaire. Rétif à la tutelle chinoise, la rhétorique belliqueuse, il s'est montré incontrôlable ces dernières années, au risque de favoriser une relance une course aux armements dans la région.

Mais en même temps, une Corée du Nord dotée de l'arme nucléaire peut être une garantie de continuité pour le régime, ainsi que le veut Pyongyang, et donc d'une certaine stabilité.

Pour les politiques chinois, le sort de l'allié nord-coréen repose d'abord sur sa capacité à se développer économiquement et en finir avec la disette: un pari impossible au vu du coût faramineux de son programme nucléaire.

Déjà à l'époque de Kim Il-Sung, grand-père de l'actuel Kim Jong-Un, mort en 1994, Deng Xiaoping avait voulu convertir son allié aux réformes économiques. Peine perdue, Pyongyang est resté sourd à tout assouplissement d'un régime fondé sur le culte de la personnalité et le collectivisme absolu.

Si Xi Jinping "serre la vis" trop fort, il risque l'écroulement économique de son allié et donc le chaos et l'arrivée en masse de réfugiés en Chine.

Mais si le laisser-faire chinois persiste, la menace nucléaire de Pyongyang pèsera durablement sur la péninsule et la région, faisant régner un climat peu propice à la paix et aux affaires: celui souhaité par Pékin.

D'ici là, "si la réflexion de la Chine sur sa relation avec la Corée du Nord est en cours, les changements n'interviendront pas du jour au lendemain", assure M. Jia.

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