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15/02/2013 03:27 EST | Actualisé 16/04/2013 05:12 EDT

Eglise cherche pape pasteur écouté au-delà de son Eglise

Quel serait le pape idéal pour l'Eglise du troisième millénaire après le théologien fin mais peu communiquant Benoît XVI? D'abord un pasteur capable de s'adresser plus simplement aux catholiques et non catholiques, répondent les experts.

"D'abord, il faut un pape qui sache parler au monde, au-delà du monde catholique, présentant la foi comme un grand message positif. Il lui faudra être en sympathie avec les autres, ne plus être trop auto-référentiel et replié sur l'intérieur" de l'Eglise, juge Andrea Tornielli, vaticaniste du site très renommé Vatican Insider, qui reconnaît pourtant beaucoup de qualités à Benoît XVI, saluant son honnêteté et sa hauteur de vues.

"Energie", "simplicité": dans des avis émis après sa démission spectaculaire, certains évêques et théologiens souhaitent que le catholicisme renoue un fil rompu avec le monde moderne. Peut-être un peu nostalgiques du médiatique et très physique Jean Paul II.

Interrogés sur la place Saint-Pierre, les catholiques, surtout jeunes, saluent la dignité qu'a montré le pape allemand en démissionnant en raison de son âge. Ils souhaitent désormais un message "plus jeune": "je veux quelqu'un avec un esprit jeune qui soit plus flexible", affirme Ieva Tamosaityte, musicienne lituanienne de 25 ans. Bart Vanhattan, un Allemand de 20 ans, renchérit: "j'attendais plus de lui, spécialement sur l'homosexualité. J'espère que le nouveau pape sera plus progressiste".

Le prochain pape devra "avoir plus du vigueur", estime Tornielli, et le précédent créé par la démission permet de penser à des "pontificats à temps limité". Ce qui paradoxalement pourrait redonner des chances à des cardinaux approchant des 80 ans et talentueux qui, s'ils sont encore en bonne forme, pourraient envisager des règnes courts.

Le biographe du pape, Marco Politi, est sans complaisance sur l'ère Ratzinger, même s'il reconnaît dans le pape un grand théologien: "il faut un pape qui sache gouverner et ne soit pas seulement un intellectuel!". "Des problèmes n'ont pas été affrontés", tranche ce vaticaniste du quotidien Fatto Quotidano, qui estime qu'"un climat de conformisme a régné pendant huit ans, pendant lesquels personne n'osait prononcer des paroles contraires".

Ancien gardien du dogme sous Jean Paul II, Benoît XVI, réputé humain dans le contact, a été très rigoureux sur le maintien du dogme.

Du fait de l'étouffement des critiques, une grande incertitude règne sur l'issue du conclave: "Nous ne savons pas ce qu'il y a dans les têtes des cardinaux", selon Marco Politi, pour qui "un homme du centre" devrait cependant sortir élu de ce conclave.

Parmi les problèmes à résoudre figure en priorité une réforme de la Curie, disent divers spécialistes. "Il faut une simplification de cette institution trop complexe", estime Andrea Tornielli, pour qui l'échec de Ratzinger à la réformer "est une des limites du pontificat".

Pour le frère dominicain français Henri Burin des Roziers, engagé depuis des décennies dans la défense des paysans sans terre au Brésil, le pape devra choisir une vie de "simplicité". Même si Benoît XVI vit lui-même sobrement, il faut qu'il "cesse de se comporter en prince de ce monde", dénonce-t-il en référence aux fastes du Vatican.

Un nouveau pape devra aussi relancer la collégialité, et des réformes sont nécessaires même si, pour tous les "ratzingériens" majoritaires au conclave, l'idée d'un "Vatican III" sur les réponses à apporter au monde moderne "est tabou", selon Tornielli.

La composition du collège des électeurs, tous créés par deux papes conservateurs, laisse augurer qu'un homme sûr doctrinalement, respectueux de la tradition, sera élu, ce qui n'exclue pas qu'il soit un pasteur moderne et communiquant.

Quant au continent d'origine, il a peu d'importance face à cette double priorité, mais la répartition actuelle semble favoriser les hommes du nord riche. Mais une surprise n'est jamais exclue à un conclave.

jlv/mle/ggy