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15/02/2013 05:16 EST | Actualisé 17/04/2013 05:12 EDT

Des jihadistes tunisiens se posent en forces de maintien de l'ordre

Des jihadistes tunisiens, profitant de la crise politique après le meurtre de l'opposant Chokri Belaïd, ont décuplé leurs activités cette semaine, organisant notamment des patrouilles de "maintien de l'ordre" dans plusieurs villes.

Portant des gilets orange, armés de gourdins et circulant à pied, à moto ou en voiture, des dizaines de jihadistes se sont répandus de nuit, leur bannière noir et blanc déployée, pour "protéger les gens et les biens", clame la page officielle de Facebook d'Ansar Al-Charia (Partisans de la Charia), leur groupe.

Ces patrouilles ont été signalées à Sfax, deuxième ville du pays dans le sud-est, au Kef et à Mateur, dans le nord, à Sidi Bouzid, dans le centre-ouest, et dans une demi-douzaine de quartiers du Grand Tunis.

Mercredi, l'ordre est venu de leurs chefs "de procéder à un retrait en raison des menaces du soi-disant" ministre de l'Intérieur Ali Larayedh, un membre du parti islamiste Ennahda au pouvoir, devenu la bête noire des jihadistes.

L'ordre mis en ligne sur Facebook demande toutefois aux militants de "continuer à protéger leurs demeures et à rester vigilants". Le groupe accuse aussi depuis vendredi la police de pourchasser ses membres.

Le porte-parole du ministère, Khaled Tarrouche, a cependant dû rappeler cette semaine que "seules les forces de sûreté intérieure sont habilitées à maintenir l'ordre et à protéger les citoyens et leurs biens en coordination avec l'armée".

"Autant le ministère salue l'initiative de certains citoyens de protéger leurs agglomérations des actes de violences, autant il rappelle que nul ne peut remplacer l'appareil sécuritaire", a-t-il insisté.

M. Larayedh est allé sur le plateau de la télévision publique pour démentir l'existence d'un appareil de sécurité parallèle et prévenir qu'il ne saurait tolérer les patrouilles des jihadistes.

Les salafistes jihadistes, qui seraient entre 3.000 et 10.000 en Tunisie, ont mené plusieurs attaques violentes, selon les autorités, notamment celle du 14 septembre contre l'ambassade des Etats-Unis. Des combats les ont aussi opposés aux forces tunisiennes à la frontière algérienne en décembre.

A Sidi Bouzid, berceau de la révolution tunisienne, les premières patrouilles jihadistes sont apparues dans la nuit de samedi à dimanche, soit 36 heures après les funérailles de l'opposant Chokri Belaïd, assassiné le 6 février à Tunis, selon un correspondant de l'AFP.

Le jour des funérailles, la ville avait connu des heurts entre manifestants et policiers, et les forces de l'ordre s'en étaient retirées en partie.

Les jihadistes en ont profité pour organiser leurs patrouilles avec un grand renfort de militants venus des environs de cette ville frondeuse du centre-ouest.

Leur deuxième nuit de patrouille a été marquée par des incidents avec les habitants du quartier Nour, d'où étaient parties les manifestations de décembre 2010 qui ont conduit à la chute du régime de Zine El Abidine Ben Ali.

Ansar Al-Charia a fait état d'une seule arrestation parmi ses membres ayant participé à des patrouilles à Sijoumi, banlieue pauvre de Tunis, et a affirmé jeudi que la police recherchait plusieurs de ses militants à la suite des patrouilles.

Par ailleurs, le groupe a multiplié les communiqués cette semaine, condamnant l'enterrement dans un cimetière musulman d'un "mécréant" comme Chokri Belaïd, et appelant les courants islamistes à l'unité.

Ce groupe fait partie de la mouvance salafiste qui a surgi dans le paysage politique tunisien après avoir été durement réprimée sous le régime de Ben Ali.

Le chef du mouvement, Abou Iyadh, est en cavale et nargue les services de sécurité qui le soupçonnent d'avoir orchestré l'attaque contre l'ambassade américaine, au point de rencontrer en janvier un journaliste et de lui accorder une interview.

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