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15/02/2013 06:10 EST | Actualisé 17/04/2013 05:12 EDT

Bérénice, jeune éleveuse, fait le pari de la vente directe de bovins

A 22 ans, Bérénice Walton a fait le pari de la vente directe de ses boeufs et vaches de race bazadaise, un modèle économique aux antipodes du "trading" mis en cause dans l'affaire de la viande de cheval, et qui fait ses preuves au point de séduire le célèbre boucher Yves-Marie Le Bourdonnec.

"J'ai choisi de supprimer les intermédiaires, au moins je sais où partent mes bêtes et pourquoi je travaille", explique ce petit bout de femme au visage poupin tout en caressant avec amour le poil d'"Ebène", une vache de plus de 350 kg au "bon arrondi de culotte, à la jolie tête harmonieuse et à la belle couleur grise".

A ses yeux, les vertus de la commercialisation en circuit court, une option peu répandue, sont confortées par le scandale de la viande de cheval dans des lasagnes bolognaises, qui a "montré les limites du système".

"Aujourd'hui, en France, il y a beaucoup trop d'intermédiaires et on manque de viande en raison du manque d'éleveurs", tempête cette battante, déplorant l'énorme fossé qui sépare désormais "le producteur du consommateur".

Debout dans l'immense étable au matériel rudimentaire et vieillissant, elle rage contre "les industriels qui se font du gras sur les éleveurs français".

"Supprimer les intermédiaires me permet de maîtriser ma production de A à Z", explique Bérénice, fière de réussir à dégager un salaire pour son employé à plein temps, qui l'aide à s'occuper de 140 animaux répartis sur 140 hectares.

Pourtant, lorsqu'en 2011, un bac pro de conduite et gestion d'exploitation agricole en poche, elle décide de reprendre l'entreprise familiale, les obstacles sont nombreux.

"Il me fallait 100.000 euros mais les banques ne voulaient pas me prêter sous prétexte que j'étais une fille sans expérience", raconte cette passionnée qui été obligée d'emprunter la somme à son père, aujourd'hui retraité.

Sa société à peine montée, elle décide tout de suite de s'affranchir des "coopératives", par lesquelles passait son père, et de développer la vente directe au consommateur.

Pour cela, cette jeune femme aux yeux marrons toujours parfaitement maquillés passe le permis poids lourd pour amener elle-même, tous les mois, deux bêtes à l'abattoir.

C'est ensuite au volant de sa camionnette frigorifique qu'elle part livrer ses caissettes, d'environ 13 kg de viande, du boeuf de Bazas élevé par ses soins pendant au moins quatre ans, aux 250 clients qu'elle compte désormais en Gironde.

"Je sais pour qui je produis et quand les gens me disent +nous nous sommes régalés avec ta côte de boeuf+, c'est ma plus grande satisfaction", explique Bérénice, tout en reconnaissant qu'amener à l'abattoir les bêtes auxquelles elle s'est attachée est souvent un crève-coeur.

Une fois par mois, l'éleveuse, décrite par son employé Henri comme "une battante qui sait ce qu'elle veut", envoie une de ses vaches à Paris chez le médiatique boucher Yves-Marie Le Bourdonnec, séduit notamment "par la race bazadaise, malheureusement en voie de disparition, mais une des plus goûteuses qui puisse exister".

"J'ai rencontré Bérénice il y a un an et j'ai trouvé sa démarche intéressante", explique le boucher, qui se dit très satisfait de la qualité de la viande.

Pour lui, le fait de traiter directement avec l'éleveur "permet d'avoir des exigences quant à la nourriture et à la conduite de l'élevage".

"Les bêtes sont nourries uniquement d'herbe, de foin et de céréales", souligne l'éleveuse, aux traits du visage à peine tirés par les nuits passées, depuis octobre, à se lever deux à trois fois pour surveiller le vêlage des vaches.

"Elle est très courageuse car elle n'est pas tombée dans la facilité des subventions", ajoute M. Le Bourdonnec, admiratif de "cette sacrée nana" à la fois "jolie, passionnée et indépendante".

juf/pbl/ggy

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