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15/02/2013 08:29 EST | Actualisé 17/04/2013 05:12 EDT

Besma Khalfaoui, la veuve courage de l'opposition de gauche tunisienne

Besma Khalfaoui, veuve de l'opposant tunisien Chokri Belaïd, s'est muée en symbole de l'opposition laïque et bête noire des islamistes, se présentant devant les caméras du monde, les doigts levés en signe de victoire quelques heures après l'assassinat de son mari.

Le 6 février, la Tunisie découvre le visage déformé par la douleur de cette femme aux cheveux gris qui, le pantalon encore imbibé de sang, appelle à réagir à la mort de son époux "par l'esprit et non par la violence."

Ces images et celles la montrant les doigts en forme de V remontant l'avenue Habib Bourguiba de Tunis ont fait une icône de cette avocate discrète et mère de deux filles de 4 et 8 ans.

Emue par la présence de dizaines de milliers de personnes lors des funérailles de son mari, elle s'était écriée : "Qu'elle est belle la Tunisie!", avant de reprendre avec la foule l'hymne national tunisien.

Samedi, elle participera à Jendouba (nord-ouest), la ville natale de Belaïd, à une nouvelle cérémonie en la mémoire de son époux, le secrétaire général du Mouvement des patriotes démocrates, parti de gauche viscéralement anti-islamiste, assassiné devant son domicile tunisois de trois balles tirées à bout portant.

Et Besma, 42 ans, semble déterminée à reprendre le flambeau. "C'est en Chokri que je puise mon courage. Je poursuivrai son combat", dit-elle, accusant sans hésitation le parti islamiste Ennahda, au pouvoir depuis 14 mois, d'être responsable de l'assassinat de son époux.

Lundi, épuisée et chancelante mais se tournant inlassablement vers les photographes qui l'interpellent, elle manifeste devant l'Assemblée nationale constituante pour réclamer la démission immédiate du cabinet.

Mais Besma Khalfaoui se veut aussi un symbole de la lutte contre la violence. C'est ainsi qu'elle s'est rendue chez la veuve de Lotfi Ezzar, un policier tué le jour de la mort de Chokri Belaïd lors des violentes manifestations qui ont suivi l'assassinat.

"C'est une femme forte, courageuse et persévérante", souligne Radhia Nasraoui, célèbre avocate militante contre la torture, qui côtoie Besma depuis des années.

"Elle représente la femme tunisienne", dit-elle à l'AFP.

En 1995, pendant la dictature de Zine El Abidine Ben Ali, que la révolution de janvier 2011 a chassé du pouvoir, Besma Khalfaoui s'est engagée au sein de l'Association tunisienne des femmes démocrates.

Avocate spécialisée dans les droits de l'Homme, cette femme, qui a grandi dans un quartier populaire de Tunis, défend avec verve la laïcité et l'égalité des sexes.

Si elle force aujourd'hui le respect et l'admiration de nombreux Tunisiens, elle agace également les sympathisants islamistes.

Une photo d'elle, le visage barré d'une croix rouge, circule sur les réseaux sociaux pour proclamer: "Ne sois pas orgueilleuse car tu ne représentes pas la femme tunisienne, nous en avons assez de toi et de ton visage".

Menacée, Besma Khalfaoui a demandé au ministère de l'Intérieur de garantir sa sécurité et celle de ses filles. Une demande restée sans réponse, affirme-t-elle à l'AFP.

Certains espèrent qu'elle prendra la tête du parti de son mari, alors que le pays est plongé dans une profonde crise politique dans l'attente du succès ou de l'échec du cabinet apolitique proposé par le Premier ministre islamiste Hamadi Jebali.

Mais "pour l'instant, Besma est très fatiguée, elle est suivie par un médecin et elle se repose", a confié à l'AFP son frère, Karim Khalfaoui.

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