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15/02/2013 02:28 EST | Actualisé 16/04/2013 05:12 EDT

Affaire "prisonnier X": l'utilisation de passeports australiens par le Mossad

L'utilisation par le Mossad de passeports australiens pour conduire des opérations, pratique vivement critiquée par Canberra, revient sur le devant de la scène avec l'affaire du mystérieux "prisonnier X", un juif australien retrouvé pendu dans une cellule haute sécurité d'Israël il y a deux ans.

En janvier 2010, un chef militaire du mouvement palestinien Hamas, Mahmoud al-Mabhouh, était abattu à Dubaï. La police du Dubaï a accusé les services secrets israéliens d'avoir perpétré l'assassinat et assuré que les membres de l'équipe détenaient des passeports étrangers (non israéliens), dont quatre australiens.

Canberra, furieux, avait convoqué l'ambassadeur d'Israël en Australie et mis en garde contre une dégradation des relations entre les deux pays.

La presse australienne, citant notamment un ancien agent des services secrets du pays, avance un lien entre l'utilisation de passeports australiens par le Mossad et l'affaire du "prisonnier X", qui se préparait peut-être à des révélations à ce sujet.

La télévision Australian Brodcasting Corporation (ABC) a identifié mardi ce mystérieux "prisonnier X" retrouvé pendu dans une cellule haute sécurité de la prison Ayalon, près de Ramleh, au sud de Tel-Aviv, en décembre 2010: il s'agit d'un juif australien de 34 ans, Ben Zygier, recruté par le Mossad, selon ABC.

Il avait été arrêté en février, peu après les déclarations de la police du Dubaï sur les passeports de l'équipe du Mossad.

"Il se peut que (Zygier) s'apprêtait à sonner l'alarme (sur le sujet) mais il n'a pas pu le faire", a déclaré au Sydney Morning Herald de vendredi Warren Reed, un ancien agent des services secrets australiens.

Selon le quotidien, Zygier faisait partie d'un groupe d'au moins trois personnes dotées de la double nationnalité israélo-australienne qui avaient émigré vers Israël et sur lesquels l'agence australienne de renseignements, l'ASIS, menait une enquête.

Chacun de ces hommes avait utilisé son passeport australien pour se rendre en Iran, en Syrie et au Liban, des pays qui interdisent l'entrée aux détenteurs de passeports israéliens, ajoute le Sydney Morning Herald.

L'Australie est "un pays +clean+, qui bénéficie d'une bonne image, comme la Nouvelle-Zélande. Il n'y a pas beaucoup de pays comme ça et notre nationalité peut donc être très utile dans le domaine des services secrets", a ajouté Warren Reed.

"Il n'y a pas qu'Israël qui le fait mais les services secrets israéliens dépendent sans doute de ce genre de chose plus que les autres", a-t-il également déclaré à Sky News.

En mars 2004, deux agents soupçonnés d'appartenir au Mossad avaient été arrêtés en Nouvelle-Zélande et condamnés pour avoir tenté d'obtenir des passeports du pays de manière frauduleuse.

Lorsqu'a été révélée l'affaire de Dubaï en 2010, un ancien officier du Mossad, Victor Ostrovsky, a affirmé dans la presse australienne qu'Israël utilisait régulièrement de faux passeports australiens pour ses agents.

"Comme on ne peut pas aller partout avec un passeport israélien", le Mossad "conduit des opérations sous un +faux drapeau+: vous prétendez appartenir à un pays qui est perçu comme moins belligérent envers les pays où vous voulez recruter", déclarait-il.

Le chef de la diplomatie australienne Bob Carr a demandé cette semaine un examen de l'affaire, qui défraie la chronique depuis mardi en Israël et a déclenché une polémique médiatique et politique.

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