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14/02/2013 09:37 EST | Actualisé 16/04/2013 05:12 EDT

Marois déplore le boycott de l'ASSÉ du Sommet sur l'enseignement supérieur

QUÉBEC - Le grand consensus attendu au Sommet sur l'enseignement supérieur dans moins de deux semaines à Montréal n'aura pas lieu. Les militants de l'ASSÉ vont bouder la rencontre, furieux de ne pas pouvoir imposer leur ordre du jour en faveur de la gratuité scolaire.

L'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) ne va pas se prêter au jeu du gouvernement en participant à un exercice dont l'issue est connue d'avance, a expliqué jeudi le porte-parole Jérémie Bédard-Wien.

La présence de l'ASSÉ ne servirait «qu'à légitimer des décisions déjà prises derrière des portes closes, comme par exemple l'indexation des frais de scolarité que personne autour de la table du Sommet n'aura voulue», a-t-il déclaré.

Face à la «trahison» du gouvernement dirigé par Pauline Marois, l'ASSÉ «n'a plus le choix», a poursuivi le porte-parole du regroupement étudiant _ réputé le plus radical _ qui compte 70 000 membres.

«La population québécoise a été trahie par un gouvernement élu sur une vague de contestation politique, un gouvernement élu sur la vague du ''Printemps érable'', élu sur la prémisse d'une annulation des frais de scolarité et d'une vraie réflexion sur les universités», a-t-il dit.

Lors de sa rencontre avec les représentants de l'ASSÉ, lundi dernier, la première ministre Pauline Marois n'a pas voulu reconnaître la gratuité scolaire comme étant «envisageable», a raconté l'autre porte-parole de l'association, Blandine Parchemal. Les trois scénarios qui ont été présentés aux étudiants, soit le gel, le gel indexé et la hausse des droits de scolarité, sont tous jugés inadmissibles par les militants.

Pour la suite des choses, les représentants de l'ASSÉ ont convié leurs camarades à une grande mobilisation en vue d'une manifestation qui se tiendra en marge du Sommet le 26 février à Montréal.

La première ministre Marois, qui était allée jusqu'à battre de la casserole dans les rues l'an dernier en soutien à la cause étudiante, a tenté de minimiser la portée du boycott de l'ASSÉ.

«Ils se privent d'un lieu de prise de parole. C'est dommage, mais c'est leur choix et je le respecte», a dit Mme Marois, lors d'un bref point de presse, à son entrée au caucus de ses députés, tôt en matinée à l'Assemblée nationale.

La première ministre a fait remarquer que le Sommet visait à parler d'une foule de sujets, et pas seulement de la question des droits de scolarité. La qualité de l'enseignement et la recherche seront aussi à l'ordre du jour, a-t-elle dit.

Reconnu pour sa sympathie à l'endroit du mouvement étudiant, le ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, a encaissé le désaveu en déplorant la politique de la chaise vide adoptée par l'ASSÉ.

«Je trouve surprenant que l'ASSÉ, qui demandait à ne pas être exclue à participer à toutes les rencontres de négociation, se lance dans l'auto-exclusion. (...) Quand on n'est pas là, on ne peut pas participer et influencer les discussions», a-t-il dit.

Plus critique que son collègue, le ministre responsable de la Métropole, Jean-François Lisée, a pointé du doigt l'attitude intransigeante de l'ASSÉ.

«Quand on fait un dialogue avec d'autres acteurs, il faut être prêt à mettre un peu d'eau dans son vin. Ceux qui ne veulent pas mettre d'eau dans leur vin ne viennent pas à table, c'est leur choix, c'est malheureux, mais ça indique que leur volonté de compromis était relativement faible», a-t-il dit.

Québec solidaire croit plutôt que le gouvernement péquiste doit assumer le blâme pour l'absence de l'ASSÉ autour de la grande table des partenaires.

Favorable à la gratuité scolaire «sur cinq ans avec un gel à court terme», la porte-parole et députée Françoise David a reproché en particulier au ministre Duchesne d'avoir abusé de la confiance des étudiants.

«Ils se font promettre un sommet où tout sera sur la table, et ce qu'on voit, c'est un ministre de l'Enseignement supérieur qui ne cesse de changer d'idée», a-t-elle évoqué.

En Chambre, la question du Sommet et son corollaire, le financement universitaire, a de nouveau accaparé une bonne part des débats.

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, est cependant allé au-delà de la critique et a suggéré de mettre à contribution les entreprises pour effacer les coupes exigées par le gouvernement aux universités.

«Je crois qu'on devrait demander une contribution aux entreprises, en abolissant certains crédits d'impôt, pour annuler les compressions de 124 millions $ dans les universités. On est prêts à travailler avec le ministre des Finances. Je tends la main à la première ministre», a-t-il lancé.

Le ministre Duchesne a dit trouver la proposition «très intéressante» alors que Mme Marois a vite expédié la question.

«J'invite le chef de la deuxième opposition à faire part de son point de vue au Sommet», a-t-elle dit.