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14/02/2013 06:32 EST | Actualisé 16/04/2013 05:12 EDT

Les esthéticiens irakiens rompent avec des années de peur

Longtemps victimes de la guerre confessionnelle dans leur pays, les meilleurs coiffeurs et esthéticiens d'Irak ont organisé un festival dans le centre de Bagdad pour montrer leurs talents, une initiative symbolique pour rompre avec des années de peur.

L'événement, "Maquillage, Coiffure et Défilé de Mode", organisé le week-end dernier dans un petit hôtel de la place Andalous, est une première depuis l'invasion américaine de 2003 et la vague de violences qui a suivi.

Il fait partie des efforts des habitants de Bagdad pour mettre à profit une baisse de la violence qui avait atteint son pic en 2006/2007, et redonner vie à la capitale, jadis l'une des grandes villes dynamiques du Moyen-Orient.

"Le plus important dans ce festival, c'est qu'il a mis en relief la beauté de la femme irakienne, passée inaperçue dans le monde", a déclaré Nadia Hamza Fouad, une organisatrice.

"C'est une première pour nous, après les événements de 2003. Nous voyons cela comme un premier pas vers la réussite", a-t-elle ajouté.

"L'obscurantisme a dominé, et la lumière de la beauté s'est éteinte il y a dix ans, notamment dans les salons pour femmes. La société a été bloquée pendant cette période d'obscurantisme", a encore dit Nadia.

Le festival, parrainé par le syndicat irakien du Travail et du Tourisme, a réuni une poignée de participants en présence desquels esthéticiens et coiffeurs ont démontré leurs talents.

Le festival a été organisé grâce au bouche à oreille pour ne pas attirer l'attention des rebelles qui, même affaiblis par rapport aux dernières années, mènent encore fréquemment des attaques à Bagdad et dans le pays. Bagdad reste l'une des villes les plus dangereuses au monde.

Dans l'une des deux salles de conférences, des experts ont expliqué à de jeunes aspirants les meilleures techniques esthétiques et pratiques commerciales, alors que dans l'autre salle trois grands coiffeurs montraient leurs compétences devant un public curieux.

Le festival a rompu avec le climat de terreur qui régnait dans le pays où des dizaines de milliers de personnes avaient été tuées dans la vague de violence et le conflit confessionnel qui ont suivi l'invasion américaine ayant renversé le régime de Saddam Hussein.

"Notre art n'est pas mort"

Des extrémistes religieux s'en prenaient particulièrement aux coiffeurs qui, pour la plupart, ont dû fermer leurs salons. Les femmes, dont une minorité était voilée avant 2003, ont été soudainement obligées de se couvrir et de rester à la maison.

"Nous nous sommes assis derrière des portes verrouillées et personne d'autres que nos clients ne pouvait nous voir", s'est plaint Najim Achour, l'un des coiffeurs les plus connus d'Irak, propriétaire d'une académie de beauté.

"Notre art en Irak est tombé malade, mais il n'est pas mort. Il renaît", se réjouit-il.

Parmi les esthéticiens les plus talentueux, Ali Bolbol, fort d'une expérience de 30 ans, travaille comme maquilleur pour des chaînes de télévision et dirige un centre de beauté dans le centre de Bagdad, ouvert fin 2011. Il est revenu en 2005 dans son pays qu'il avait quitté en 1990 après l'invasion irakienne du Koweït.

Malgré une amélioration de la situation, les participants jugent qu'il reste beaucoup à faire. "Il y a une certaine confusion" mais la situation "est globalement bonne", a dit l'actrice irakienne Milad Sirri.

La peur persiste: "Ce festival est une chance pour les filles irakiennes pour montrer leur beauté, qui reflète la beauté de l'Irak", dit Souad Taha, 20 ans, qui suit une cure de jouvence tout en confiant: "J'ai des sentiments mitigés: de la peur et du bonheur".

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