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14/02/2013 04:05 EST | Actualisé 15/04/2013 05:12 EDT

Le Nord de Chypre observe de loin la présidentielle chez son voisin grec

Dans les cafés de Kyrenia, agréable port de plaisance de Chypre Nord, rares sont les clients à connaître le nom des prétendants à la présidence dans le sud de l'île, divisée depuis des décennies entre communautés turque et grecque.

Les Chypriotes turcs ne suivent que d'un oeil distrait le scrutin présidentiel chypriote grec, tant les espoirs sont minces qu'un changement de président de l'autre côté de la ligne verte qui sépare les deux communautés ait un impact sur leur quotidien.

"On a essayé (le président sortant de la République de Chypre Demetris) Christofias. On espère que le nouveau sera mieux", estime Mustafa Muhtaroglu, qui, comme beaucoup de Chypriotes turcs, souhaite une réunification de l'île et une normalisation de la vie à Chypre Nord, actuellement sous embargo.

"On suit un peu ça, par la télévision et les journaux, qui ont une section sur ce qui se passe dans le Sud", indique Tamer Ratip, ingénieur chypriote turc à la retraite.

"La plupart des gens dans le Nord ont l'espoir que cela sera peut être une étape vers une solution. Personnellement, j'ai un peu d'espoir -ou peut être suis-je de nature optimiste", sourit-il, tandis que son voisin vitupère, estimant que l'élection ne changera en rien la marginalisation des Chypriotes turcs.

Chypre est divisée depuis 1974, après que la Turquie a envahi le Nord de l'île en réaction à un coup d'Etat visant à rattacher Chypre à la Grèce, et les négociations de réunification sont au point mort depuis plusieurs mois.

Ce scrutin "pourrait nous affecter --mais c'est avant tout leurs élections, nous n'avons pas notre mot à dire", souligne M. Ratip.

Plus de 600 Chypriotes turcs résidant dans le Sud pourront y exercer leur droit de vote, et un bureau de vote spécifique est réservé aux quelque 300 Chypriotes grecs habitant toujours dans le Nord.

"Je ne pense pas que cette élection change grand chose pour nous, car (les Chypriotes grecs) ont d'abord une crise économique à régler", estime Hussein Aksayn, bijoutier sur le front de mer.

Le nouveau président "s'occupera d'abord de l'économie, et ensuite il cherchera une solution" au problème chypriote souligne-t-il, estimant que peu d'avancées sont envisageables avant au moins un an.

Lors du précédent scrutin, "lorsque Christofias (au sud) et le parti CTP (de Mehmet Ali Talat, au nord), qui étaient en bons termes, se sont retrouvés au pouvoir en même temps, cela a fait naître beaucoup d'espoir sur une solution prochaine", rappelle-t-il. "Mais cela n'a pas marché. Du coup, pour le moment il est trop tôt pour dire" si cette élection va permettre de relancer le processus de réunification.

Les Chypriotes turcs sont "de moins en moins intéressés par la politique grecque chypriote", estime Hussein Isiksal, professeur adjoint à l'université américaine de Girne (nom turc de Kyrenia).

"Nous avons nos propres problèmes dans le Nord", souligne-t-il, évoquant la campagne mouvementée pour les municipales d'avril en RTCN.

En outre, déçus par le rejet en 2004 par les Chypriotes grecs du plan Annan de réunification de l'île que les Chypriotes turcs ont massivement approuvé, "ils ont perdu espoir". "Ils se disent +puisque les Chypriotes grecs n'ont aucune considération pour nous, pourquoi devrions-nous leur en accorder au lieu de nous tourner vers d'autres solutions" qu'une réunification, souligne-t-il.

Ce spécialiste de la politique chypriote estime que le favori du scrutin, Nicos Anastasiades, l'un des seuls dirigeants à avoir appuyé le plan Annan, "paraissait alors plus compréhensif" que les autres candidats, mais souligne qu'aujourd'hui son électorat et les circonstances lui laissent peu de marge.

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