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14/02/2013 08:05 EST | Actualisé 16/04/2013 05:12 EDT

L'Arménie élit son président dans un scrutin test pour la démocratie

Les Arméniens élisent lundi leur président à un scrutin où le chef de l'Etat Serge Sarkissian est donné grand favori, un test crucial pour la démocratie dans cette ex-république soviétique, après la présidentielle de 2008 marquée par de sanglants affrontements.

Candidat à un deuxième mandat à la présidence de l'Arménie, M. Sarkissian, 59 ans, qui se retrouve face à six concurrents, a promis des élections "libres" dans ce pays du Caucase du Sud de 3 millions d'habitants.

"Nous avons besoin d'élections libres et justes comme de l'oxygène. Et nous avons aujourd'hui tous les moyens d'organiser les meilleures élections possibles", a déclaré ainsi le président.

En 2008, la victoire de M. Sarkissian à la présidentielle, contestée par l'opposition, avait déclenché des manifestations qui avaient dégénéré en affrontements après l'intervention de la police, faisant 10 morts.

En 2012, les législatives remportées par le Parti républicain de M. Sarkissian ont été critiquées pour des manquements à la démocratie par l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE).

A la différence de l'Azerbaïjdan voisin, riche en hydrocarbures, "l'Arménie n'a ni gaz, ni pétrole. Et l'image démocratique du pays, sa conformité aux normes européennes est le seul critère sérieux de ses relations avec l'Europe", explique Guevorg Pogossian, président de l'Association des sociologues arméniens.

De nombreux analystes qualifient cependant ces élections de non compétitives, estimant qu'après le refus des principales forces d'opposition d'y participer, aucun candidat ne peut faire une concurrence réelle au président Sarkissian, crédité de 69% des intentions de vote selon le dernier sondage de l'institut Gallup.

Son principal rival, un ex-ministre des Affaires étrangères, Raffi Ovannissian, 54 ans, n'est crédité que de 11% des intentions de vote.

"Si tout se passe bien, le président actuel sera réélu dès le premier tour", a affirmé à l'AFP Alexandre Iskandarian, directeur de l'Institut des médias du Caucase.

Trois principales forces d'opposition qui disposent de 48 sur 131 sièges au parlement -- le parti Arménie Prospère, dirigé par Gaguik Tsaroukian, le mouvement Congrès national arménien de l'ancien président Levon Ter-Petrossian et la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutun (nationaliste) -- ont refusé de participer à ce scrutin.

"L'opposition n'a pas réussi non plus à désigner un candidat unique", remarque M. Iskandarian.

La campagne électorale a été dominée par les problèmes économiques de ce pays qui est confronté à un important chômage, à la corruption et souffre de la fermeture de ses frontières avec l'Azerbaïdjan et la Turquie en raison d'un conflit territorial.

L'Azerbaïdjan et l'Arménie se disputent depuis un conflit armé à la chute de l'URSS le contrôle du Nagorny-Karabakh, une région sécessionniste azerbaïdjanaise peuplée majoritairement d'Arméniens.

Des échanges de tirs font régulièrement des morts, faisant la reprise d'affrontements.

Par ailleurs, la Turquie, alliée de l'Azerbaïdjan, pays turcophone, et l'Arménie sont divisées sur la question du génocide arménien sous l'empire ottoman (1915-1917).

La fin de la campagne électorale a été assombrie par une attaque contre un candidat au scrutin, Parouïr Haïrikian, blessé par balles à l'épaule le 31 janvier.

Cet ancien dissident soviétique de 63 ans, visé par des coups de feu en plein centre de la capitale Erevan, a demandé le report de la présidentielle, avant de retirer sa demande au dernier moment.

Cette attaque contre un candidat crédité de 5% des intentions de vote, "ne va pas affecter la légitimité des résultats de la présidentielle, mais nous ne pourrons plus dire que l'organisation du scrutin était irréprochable", estime M. Pogossian.

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