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14/02/2013 04:29 EST | Actualisé 15/04/2013 05:12 EDT

La campagne électorale italienne éclipsée par la démission du pape

L'annonce surprise par le pape Benoît XVI de sa démission le 28 février prochain a stupéfié le monde et relégué au second plan la campagne électorale pour les législatives des 24 et 25 février, pourtant cruciales pour l'Italie et l'Union européenne.

Les élections italiennes, qui se déroulent dans dix jours, auraient été perçues dans d'autres circonstances comme un enjeu primordial tandis que les capitales européennes scrutent la direction que prendra le pays fragilisé par la crise de l'euro.

Mais il y a de fortes chances que le nouveau gouvernement soit formé juste au moment où le pape de presque 86 ans abandonnera volontairement ses fonctions, un événement qui n'a qu'un précédent en 2.000 ans d'histoire de l'Eglise catholique...

"La première réaction des hommes politiques italiens après la démission du pape a été:+Mon Dieu, maintenant nous disparaîtrons des journaux et de la télévision+", a ironisé Ugo Magri, un éditorialiste du quotidien La Stampa.

Selon les analystes, le départ annoncé de Benoît XVI pourrait avoir des conséquences importantes sur le scrutin, en contrecarrant la remontée spectaculaire de Silvio Berlusconi dans les sondages et en mettant en lumière le notoire attachement de la classe politique italienne à ses privilèges.

"Il est clair que nous aurons moins l'attention des médias, et il est juste qu'il en soit ainsi", a relativisé le Cavaliere. Tirant profit jusqu'ici de son omniprésence dans les medias, celui-ci a regagné une grande partie de son retard sur la coalition de gauche menée par Pier Luigi Bersani qui ne le distance désormais plus que de 4 points environ.

Selon l'expert en sondage Renato Mannheimer, l'événement historique pourrait aussi "nuire" à la campagne de l'ex-comique bloggeur Beppe Grillo, chef du "Mouvement cinq étoiles" (M5S), lui aussi très médiatique, même s'il se refuse à participer aux innombrables talk-shows télévisés. C'est "le plus hérétique du point de vue médiatique" et il risque de "s'enliser", renchérit Alessandra Ghisleri, du centre de recherche Euromedia.

L'analyste de sondages Luigi Crespi va encore plus loin : depuis l'annonce de Joseph Ratzinger, "la campagne électorale est terminée" !

En outre, les premiers jours du nouveau parlement et du nouveau gouvernement coïncideront vers la mi-mars avec le conclave des cardinaux chargés d'élire le nouveau pape, enfermés dans la chapelle Sixtine, une pratique séculaire qui continue de fasciner le monde entier.

Le comique italien Maurizio Crozza a plaisanté à ce sujet en présentant M. Bersani, l'actuel favori dans la course au poste de chef du gouvernement, comme un éternel perdant.

"Bersani est tellement malchanceux que même s'il gagne les élections, il se retrouvera encore au second plan!", a-t-il lancé sur la scène du très populaire festival de San Remo.

Tous les principaux candidats, attentifs au vote des catholiques, ont cependant pris soin de tresser les louanges de Benoît XVI et encenser sa décision.

Le chef du gouvernement sortant, Mario Monti, considéré comme le plus proche de l'Eglise, a cependant affirmé distinguer les deux domaines.

"Tenons le sacré et le profane des élections séparés l'un de l'autre", a-t-il dit.

Mais selon certains analystes, la superposition des deux pourrait discréditer davantage encore la classe politique italienne, mise à mal par de nombreux scandales de corruption et accusée de s'être octroyé des privilèges, en matière de salaires ou de retraite, tout en imposant des sacrifices aux Italiens.

Selon Marcello Sorgi, l'éditorialiste de La Stampa, les hommes politiques ont été tellement occupés "à la chasse aux votes, dans une incroyable foire aux vanités" qu'ils en sont devenus "incapables de mesurer la portée déterminante" de la démission de Benoît XVI.

Marco Travaglio, éditorialiste du quotidien Il Fatto Quotidiano, renchérit, estimant que la décision du pape octogénaire de laisser la main met en lumière "les politiciens italiens décrépits, tant sur le plan de l'âge que celui de la politique, qui s'accrochent à leurs postes jusqu'à la mort".

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