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14/02/2013 10:41 EST | Actualisé 16/04/2013 05:12 EDT

France : l'exécutif exonère l'administration après l'immolation d'un chômeur

L'exécutif français a exonéré jeudi de toute responsabilité les services publics après l'immolation par le feu la veille d'un homme de 42 ans sans emploi, un geste rare en France qui illustre une détresse croissante dans une société confrontée à un fort taux de chômage.

La victime, Djamal Chaab, un Algérien en situation régulière en France, s'est tuée par le feu devant une agence de Pôle Emploi à Nantes (ouest), l'organisme public qui gère les dossiers de quelque trois millions de chômeurs, soit environ 10% de la population active française.

Le drame a choqué en France. En déplacement en Inde, le président socialiste français François Hollande a fait part de son "émotion toute particulière pour ce drame et pour la famille" de ce chômeur.

Ce geste "est le signe de la détresse d'une personne et de la gravité d'une situation", a jugé le chef de l'Etat, tout en exonérant "le service public de l'emploi" qui, selon lui, "a été exemplaire" dans le traitement de son dossier. Il "n'est nul besoin d'aller chercher une responsabilité", a-t-il insisté.

"Tout a été fait" pour empêcher le drame, a aussi martelé le ministre français de l'Emploi Michel Sapin.

Semblant à contre-pied de ces positions, les syndicats ont dénoncé jeudi "la terrible réalité quotidienne du chômage où les demandeurs d'emploi ne sont pas des statistiques" et insisté sur "la violence sociale" qui règne en France.

Depuis quelques semaines, les annonces de plans sociaux ou de suppressions de postes (Renault, Arcelor Mittal, Good Year, etc.) se multiplient en France, et le gouvernement a récemment craint qu'elles n'aboutissent à terme à une explosion sociale.

"Le taux de suicide parmi les chômeurs est six fois plus élevé que dans le reste de la population", selon une association de défense des sans-emploi, le Mouvement National des Chômeurs et Précaires.

"Ce drame souligne le désarroi dans lequel la crise et le chômage plongent certains de nos concitoyens", a estimé le maire socialiste de Nantes, Patrick Rimbert, cité par le quotidien Libération.

C'est la deuxième fois en sept mois qu'une personne se donne la mort de cette façon en France. Le 8 août, à Mantes-la-Jolie près de Paris, un chômeur de 51 ans s'était immolé par le feu en plein entretien avec un conseiller de sa caisse d'allocations familiales.

Djamal Chaab était "une personne inconnue des services (de police), de nationalité algérienne, qui bénéficiait d'un titre de séjour de dix ans, une personne tout à fait banale, normale avec une vie normale dans un quartier normal", a déclaré le responsable de la police départementale, Philippe Cussac.

Il était marié, sans enfants, et avait un différend administratif avec Pôle Emploi, qui lui reprochait de ne pas avoir déclaré du travail effectué fin 2012 et lui demandait de rembourser des allocations perçues.

"Je ne sais pas le pourquoi, je ne pourrai jamais l'expliquer", a déclaré son épouse au journal Le Parisien.

Mardi, le chômeur avait fait part de ses intentions suicidaires, d'abord sur un numéro d'appel destiné aux personnes sans emploi, puis dans un courrier électronique au quotidien régional Presse Océan. Des conseillers l'ont alors appelé pour l'aider à trouver des solutions de remplacement (allocation de solidarité, étalement des remboursements, etc.), mais les appels sont restés sans réponse, selon Pôle Emploi.

Mercredi, des policiers avaient été déployés devant l'agence. En vain : vers midi, les témoins, impuissants, ont vu "cette personne arrivant en courant, en flammes", a raconté Philippe Cussac.

Une couverture a été jetée sur lui, les policiers l'ont aspergé avec le contenu d'un extincteur, mais il était trop tard. Le désespéré se serait versé de l'essence sur lui et y aurait mis le feu à l'arrêt d'un bus avant de courir vers l'agence.

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