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14/02/2013 07:41 EST | Actualisé 16/04/2013 05:12 EDT

Face aux crises, le tourisme tunisien regrette la stabilité sous Ben Ali

A mesure que la Tunisie s'enfonce dans une crise politique, économique et sécuritaire, des travailleurs dans le tourisme en arrivent à regretter la stabilité du régime autoritaire de Zine El Abidine Ben Ali, chassé du pouvoir il y a deux ans.

"On vivait mieux avant. Il ne se passait rien du tout sous Ben Ali et on était tranquille. C'est bien qu'il soit parti, mais avant c'était beaucoup mieux!", lance Mahmoud Ben Rabeh, devant son étal de produits artisanaux à Sidi Bou Saïd, célèbre village bleu et blanc perché sur une colline dans la banlieue de Tunis.

"La sécurité était meilleure. Maintenant on ne peut ni dormir ni se promener tranquillement", ajoute-t-il rangeant son stand dans une rue piétonne largement déserte de ce haut lieu du tourisme où un célèbre mausolée soufi a été incendié en janvier, un crime qui n'a pas été élucidé mais renvoie aux méthodes employées ces derniers mois par les salafistes.

"Cela fait 25 ans que je suis dans l'artisanat et je n'ai jamais été aussi désargenté. J'ai vendu tous les bijoux de ma femme. J'ai même dû vendre nos alliances, on n'a plus rien!", raconte Mahmoud.

Un hôtelier dans ce même village emblématique de la bourgeoisie tunisoise partage le même avis mais il préfère parler sous couvert de l'anonymat "de peur de prendre une balle dans la tête", comme l'opposant Chokri Belaïd, virulent critique de la politique du parti islamiste Ennahda au pouvoir, assassiné le 6 février.

"Le tourisme est sinistré depuis la révolution, on n'a pas de visibilité au niveau des réservations. C'est pire que sous Ben Ali, la Tunisie bénéficiait d'une bonne stabilité pour les affaires", dit-il.

Le tourisme, principal pourvoyeur de devises et secteur économique stratégique qui représente 6,5% du PIB, passe par ses pires années depuis la révolution de janvier 2011 qui a renversé l'ancien régime.

"Cela commence à peser lourd sur nous. C'est à peine si nous pouvons payer l'électricité et le personnel. Rien de rassurant à l'horizon, que de l'agressivité et de la violence", se lamente-t-il.

"On vivait mieux sous Ben Ali et on gagnait bien notre vie", avoue de son côté Moncef, serveur dans le célèbre "Café des délices" qui domine la baie dans son style architectural arabo-andalous.

Mais l'employé est interrompu brutalement par le gérant portant la barbe à la mode salafiste et une tunique à l'Afghane. "Qui t'a autorisé à donner ton avis!", lui assène-t-il, renvoyant du même coup les journalistes, sans ménagement.

La présence de groupuscules radicaux dans les zones touristiques était inimaginable sous Ben Ali qui réprimait toute les formes d'islamisme jusqu'à opprimer ceux qui se rendaient simplement prier dans les mosquées.

La Tunisie a vécu des décennies durant sous une dictature implacable au nom de l'éradication de l'islamisme radical et de la lutte contre le terrorisme.

L'émergence de courants intégristes après la révolution a grandement affecté l'image de la destination touristique, qui peine à se relever des contre-coups de l'attaque mi-septembre de l'ambassade américaine. L'assassinat retentissant de Chokri Belaïd risque d'hypothéquer de nouveau la saison.

Néanmoins, le politologue Slaheddine Jourchi met en garde contre le désenchantement qui pourrait, selon lui, être une aubaine pour les tenants du régime déchu.

"C'est grave, même si ce n'est pas très surprenant dans une phase post-révolutionnaire, ce sentiment risque d'éteindre l'enthousiasme et provoquer un désintérêt de la chose politique et au boycott des urnes", explique-t-il.

"La responsabilité en incombe à l'ensemble de la classe politique", note M. Jourchi, qui siège dans un "Conseil de sages" formé mardi par le Premier ministre Hamadi Jebali pour tenter de trouver une sortie de la crise actuelle.

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