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14/02/2013 06:34 EST | Actualisé 16/04/2013 05:12 EDT

Dégel entre Belgrade et Pristina, cinq ans après l'indépendance du Kosovo

Le Kosovo célèbre dimanche les cinq ans de la proclamation de son indépendance de la Serbie, un anniversaire marqué par des progrès notables dans les relations entre les deux anciens ennemis, rendus possibles par la médiation de l'UE, bien que Belgrade considère toujours ce territoire comme sa province méridionale.

Plusieurs accords ont été arrachés sous la pression de Bruxelles, qui lie tout progrès vers l'entrée de la Serbie et du Kosovo dans l'UE à la normalisation de leur relations dans le cadre d'un dialogue entamé en 2011.

Ils visent avant tout à améliorer la vie quotidienne des quelque 1,8 million d'habitants du Kosovo, dont l'existence est perturbée par le casse-tête administratif du statut controversé de ce territoire (état-civil, cadastre, douanes).

Poussés par Bruxelles, les Premiers ministres serbe et kosovar, Ivica Dacic et Hashim Thaçi, se sont rencontrés à quatre reprises depuis octobre sous les auspices du chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton.

M. Dacic a récemment assuré que son gouvernement était "décidé à aller de l'avant" dans ces pourparlers.

"L'octroi d'une date pour l'ouverture de négociations d'adhésion à l'UE et l'arrivée de nouveaux investisseurs étrangers dépendent" des résultats positifs dans le dialogue avec Pristina, a-t-il déclaré.

Belgrade et Pristina ont aussi nommé des "officiers de liaison" qui vont prochainement siéger auprès des missions de l'UE dans les deux capitales. Ils ont également convenu d'une gestion commune des postes-frontières entre la Serbie et le Kosovo.

Et alors que le président de Serbie Tomislav Nikolic, un nationaliste reconverti en conservateur favorable à l'UE, était avant son élection en mai 2012 un farouche critique du dialogue engagé par son prédécesseur avec Pristina, il a fini par rencontrer début février son homologue kosovar, Atifete Jahjaga, une première à un tel niveau depuis la fin du conflit serbo-kosovar (1998-99).

Des bombardements de l'Otan avaient au printemps 1999 chassé du Kosovo les forces serbes qui se livraient à une répression contre la guérilla indépendantiste kosovare, ouvrant ainsi la voie à l'indépendance, proclamée le 17 février 2008 avec l'appui des Etats-Unis et de la majorité des pays membres de l'Union européenne.

Il y a cinq ans, des contacts directs avec Pristina étaient inimaginables pour Belgrade et les responsables serbes quittaient toute réunion à laquelle participaient des représentants du Kosovo.

La Serbie scandalisée avait rappelé ses ambassadeurs des pays qui avaient reconnu l'indépendance du Kosovo et avait même expulsé les représentants diplomatiques du Monténégro et de la Macédoine voisins.

A la surprise générale, le dialogue entre Pristina et Belgrade s'est accéléré avec des résultats concrets après la formation du nouveau gouvernement nationaliste à Belgrade en juillet dernier.

La Serbie a même laissé entendre qu'elle était prête à discuter d'un siège à l'ONU pour le Kosovo à condition qu'une solution globale soit négociée, ce qui constituerait une reconnaissance de celui-ci.

Mais l'analyste politique kosovar Belul Beqaj fait valoir qu'un tel geste est peu probable dans un proche avenir.

"Je ne crois pas que la Serbie soit prête à renoncer au Kosovo si vite que ça", a-t-il dit.

La question la plus épineuse et la plus complexe à régler est celle du soutien accordé par Belgrade aux Serbes du nord du Kosovo, où ils sont majoritaires, en maintenant dans cette région qui échappe pratiquement au contrôle de Pristina ses institutions telles que des écoles et des tribunaux.

La Serbie souhaite une large autonomie pour ces 40.000 Serbes, mais aussi pour les 80.000 autres qui habitent dans des enclaves disséminées dans le sud du territoire.

"Sans accord avec la Serbie, le Kosovo n'a pas d'avenir, ni en termes politiques, ni en termes économiques", a mis en garde le porte-parole du gouvernement serbe, Milivoje Mihajlovic.

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