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14/02/2013 06:37 EST | Actualisé 16/04/2013 05:12 EDT

Au Kosovo indépendant, le glas sonne pour les derniers Serbes de Pristina

Le clocher de l'unique église orthodoxe à Pristina sonne le début de la liturgie ; seuls trois Serbes y assistent. Noyée au milieu d'une écrasante majorité albanaise de confession musulmane, la toute petite communauté serbe est vouée à terme à disparaître de la capitale du Kosovo, qui célèbre dimanche le cinquième anniversaire de la proclamation de son indépendance de la Serbie.

A l'église Saint Nicolas, trois vieilles Serbes et trois expatriés - un couple de Russes et une Grecque -, sont présents pour la messe qui se déroule dans un petit couloir parallèle à la nef, trop grande et en proie à un froid glacial.

"Sur les 45.000 Serbes qui vivaient à Pristina avant 1999, il n'en reste que 53, pour la plupart des personnes âgées", déplore le prêtre Darko Marinkovic.

Des frappes de l'Otan au printemps 1999 ont chassé du Kosovo les forces serbes qui combattaient (1998-99) la guérilla indépendantiste kosovare, ouvrant la voie à la proclamation de l'indépendance de ce territoire le 17 février 2008, avec l'appui des Etats-Unis et de la majorité des pays membres de l'Union européenne. Depuis, environ 200.000 Serbes ont fui cette province, dont la Serbie refuse de reconnaître l'indépendance.

Parmi les derniers irréductibles restés à Pristina, Snezana Bursanovic, une sexagénaire retraitée, vit seule dans un petit appartement délabré au premier étage d'un immeuble du centre-ville, entourée que de voisins kosovars albanais.

"Il sont gentils avec moi, je ne peux pas dire le contraire", concède cette ancienne employée de l'hôpital de Pristina, résolue à rester à Pristina où elle a toujours vécu.

Atteinte d'un cancer, Snezana, qui touche sa maigre retraite de Belgrade, évite autant que possible les contacts avec les autorités kosovares, au point que pour ses séances de chimiothérapie, elles se rend à Nis, dans le sud de la Serbie, à une centaine de kilomètres de son domicile.

"Bientôt, il n'y aura plus personne", déplore cette femme dont le seul loisir est de suivre le programme de la télévision d'Etat serbe, captée par voie satellitaire.

Au rez-de-chaussée de son immeuble, l'Albanais Burim Mehmeti, la trentaine, tient une bijouterie.

"Nous prenons parfois le thé ensemble, Snezana est très gentille. Nous savons qu'elle est malade et si elle nous le demande nous sommes prêts à l'aider", assure cet homme qui a perdu cinq membres de sa famille pendant le conflit serbo-kosovar.

Mais Snezana ne cherche le réconfort qu'auprès de son église.

Les deux seuls popes de Pristina, le père Darko et son collègue Stevo Mitric, tous les deux mariés et ayant chacun deux enfants en bas âge, ont pris leurs fonctions il y a trois ans.

Ils habitent une maison située dans la cour de l'église et ne sortent que très rarement, juste pour faire les courses et pour accompagner leurs enfants à la maternelle, dans l'enclave serbe de Gracanica, à dix kilomètres de Pristina.

Assurant ne pas se sentir menacés - la situation sécuritaire s'étant améliorée par rapport aux nombreux actes de vengeance commis à l'encontre des Serbes pendant les années ayant suivi la fin du conflit -, c'est surtout à l'isolement et à l'indifférence de leurs voisins, avec lesquels ils n'entretiennent aucun contact, que sont confrontés les Serbes de la capitale kosovare, raconte le père Darko, âgé de 30 ans.

Il admet néanmoins éviter de sortir en soutane dans la rue. "Mieux vaut ne pas provoquer", l'écrasante majorité que constituent les quelque 1,8 million de Kosovars.

"Il n'y a plus qu'une seule famille (serbe) ici qui a des enfants. Mais nous ne la voyons pratiquement jamais et je crains qu'elle ne renonce à terme à vivre ici", lâche-t-il d'un ton amer.

Se sentant "oubliés" par Belgrade qui concentre son attention sur les 80.000 Serbes vivant dans les enclaves éparpillées dans le sud du Kosovo et les 40.000 autres vivant dans le nord de ce territoire, les Serbes de Pristina sont résignés.

"Je suis très pessimiste quant à la possibilité, pour la communauté serbe, de survivre à Pristina. Je ne suis pas sûr de pouvoir moi-même endurer cette situation encore longtemps", confesse le père Darko.

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