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14/02/2013 01:51 EST | Actualisé 16/04/2013 05:12 EDT

11-Septembre: le ton monte sur fond de protestations de la défense

Les protestations véhémentes d'un des accusés contre la saisie de courriers confidentiels et l'échange houleux entre le chef des tribunaux militaires et un avocat ont donné jeudi un tour tendu à l'audience des accusés du 11-Septembre à Guantanamo.

"Au nom de Dieu, j'ai une chose importante pour vous", a lancé dès le début de l'audience Wallid ben Attach, épaisse barbe noire, debout, sans entrave, dans le tribunal.

Au dernier jour de cette audience préliminaire, retransmise sur la base militaire de Fort Meade (Maryland), ce Yéménite, accusé d'avoir apporté un soutien logistique aux pirates de l'air du 11-Septembre, a protesté contre la fouille de sa cellule et la disparition de courriers échangés avec ses défenseurs.

M. Ben Attach, vêtu d'une tunique blanche et d'une coiffe traditionnelle, s'est exclamé en arabe, traduit en anglais: "Vous m'avez forcé à venir au tribunal", avant d'être interrompu par le juge James Pohl, qui lui a interdit de prendre la parole, menaçant de l'expulser.

Il est "furieux", a aussitôt lancé son avocate Cheryl Bormann, qui avait auparavant dénoncé la "mise à sac" de sa cellule, ainsi que celle de deux autres des accusés pendant qu'ils assistaient à l'audience de mardi.

"Les documents étaient estampillés" du service de contrôle de l'armée, et "les gardes les ont quand même saisis", a renchéri David Nevin, l'avocat du cerveau du 11-Septembre, le Pakistanais Khaled Cheikh Mohammed, dont la cellule a également été fouillée.

Le troisième accusé concerné est le Yéménite Ramzi ben al-Chaïba, dont l'avocat Jim Harrington a dénoncé une "intrusion" dans les communications privilégiées entre les clients et leurs défenseurs.

Les avocats des cinq accusés ont réclamé une enquête, Me Bormann estimant que "cela affecte notre capacité à faire notre travail". Le chef des procureurs, le général Marc Martins, a promis des éclaircissement même si "des inspections sont conduites dans les cellules, cela arrive"

Depuis plusieurs mois déjà, les conseils des accusés dénoncent les conditions dans lesquelles ils doivent défendre leurs clients et se plaignent de la surveillance très étroite à laquelle leurs clients et eux-mêmes sont soumis.

Malgré les protestations des avocats, le juge a ordonné que l'audience se poursuive, avec le témoignage par vidéo-conférence de l'Autorité supérieure de la justice militaire, l'amiral à la retraite Bruce MacDonald.

Là encore, les échanges ont été houleux.

Questionnant sans relâche le haut responsable militaire, Walter Ruiz, l'avocat du Saoudien Moustapha al-Houssaoui, s'est efforcé de montrer que la défense n'avait pas bénéficié des ressources nécessaires pour plaider les circonstances atténuantes avant la mise en accusation de son client, qui encourt la peine de mort comme les quatre autres suspects.

"Les preuves de torture et les techniques d'interrogatoire renforcées ne sont-elles pas des facteurs atténuants pour vous?", a lancé l'avocat, qui veut montrer que les mauvais traitements subis par les accusés pendant leur détention dans des prisons secrètes de la CIA doivent leur épargner l'exécution capitale.

"Vous n'avez pas accepté mes experts" en matière de peine capitale, les autorités de Guantanamo sont intervenues dans mes communications avec mon client "sur un ordre venant directement de vous", a fustigé entre autres l'avocat, sans cesse rappelé à l'ordre par le juge.

"Je ne suis pas d'accord avec vous (...) à mon avis, vous aviez tout ce dont vous aviez besoin", a répondu, piqué au vif et visiblement excédé, le patron des tribunaux militaires d'exception, qui a renvoyé les cinq accusés devant la justice en mai 2012.

Les cinq accusés sont poursuivis pour le meurtre de près de 3.000 personnes. Leur procès ne s'ouvrira pas avant un an.

chv/mdm