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13/02/2013 06:04 EST | Actualisé 15/04/2013 05:12 EDT

Manitoba : le juge Richard Scott porte un regard critique sur le système judiciaire

Après plus de deux décennies à la barre de la Cour d'appel manitobaine, le juge Richard Scott tirera sa révérence à la fin du mois de février.

Le magistrat a accordé une entrevue à CBC où il parle des défis auxquels fait face le système judiciaire du Manitoba et du Canada.

De l'avis de M. Scott, le Canada jouit d'un « système judiciaire fabuleux ». Bien qu'il admette qu'il est toujours possible d'améliorer les choses, il reste persuadé que le système manitobain n'a rien à envier à ceux d'autres provinces.

« Nos meilleurs [éléments] sont aussi bons que les meilleurs des autres provinces », croit Richard Scott, qui est devenu juge à la Cour d'Appel du Manitoba en 1985, avant de prendre la tête de cette institution en 1990.

Au plan national, Richard Scott, qui est aujourd'hui âgé de 75 ans, a siégé au comité disciplinaire du Conseil canadien de la magistrature pendant plus de 20 ans. Cette institution supervise la conduite des juges et oeuvre en outre à l'amélioration de la façon dont le système de justice fonctionne à travers le pays.

La tolérance zéro : une affaire de politicien

Richard Scott croit qu'il n'est pas du ressort des juges d'influencer les politiques publiques. Il apprécie d'avoir plus de policiers dans les rues et plus de procureurs dans les tribunaux, mais il s'inquiète de leur impact à long terme sur le système judiciaire.

« J'ai été juge pendant de nombreuses années et je ne sais toujours pas ce que cela signifie tolérance zéro. Je sais qu'il s'agit d'un mantra, et que 99,9 % des citoyens estiment qu'il faut pratiquer la tolérance zéro. Mais quand vous leur parlez, ils veulent aussi que l'on fasse preuve de compassion quand les circonstances l'exigent », nuance Richard Scott.

« Je crois savoir à quoi les politiciens font référence quand ils parlent de tolérance zéro. Mais en tant que juge, ma description de tâche est différente, et ce serait une bonne chose si on était sur la même longueur d'onde », estime le magistrat bientôt à la retraite.

Pour améliorer le système judiciaire : plus de ressources

Richard Scott reconnaît que le système judiciaire peut être engorgé, particulièrement dans les cours du nord du Manitoba. Une partie de la solution réside dans le fait d'embaucher plus de policiers et de procureurs. Il serait cependant erroné d'omettre de leur adjoindre un plus grand nombre de juges, selon M. Scott.

La question des ressources supplémentaires est aussi au coeur des convictions de M. Scott concernant l'aide juridique. Il constate qu'il y a un plus grand nombre de personnes qui se présentent au tribunal sans être représentées par un avocat.

« Tout cela nous ramène à la question du manque d'argent et au fait qu'au fil du temps, ce critère a été négligé », regrette Richard Scott.

L'ancien magistrat pense que ce serait une erreur que les juges canadiens soient élus comme c'est le cas aux États-Unis. Selon lui, cela ne ferait que politiser les juges qui devraient dès lors se prononcer sur des enjeux qui ne sont pas du ressort du pouvoir judiciaire, simplement dans le but d'accroître leur popularité.