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13/02/2013 05:41 EST | Actualisé 15/04/2013 05:12 EDT

La Tunisie attend un nouveau cabinet une semaine après le meurtre de Belaïd

La Tunisie attendait toujours mercredi un nouveau gouvernement, le Premier ministre Hamadi Jebali s'étant donné jusqu'au "milieu de la semaine" pour former un cabinet apolitique après l'assassinat de l'opposant Chokri Belaïd.

M. Jebali, qui a menacé de démissionner si son initiative n'aboutissait pas, n'a pas donné de date plus précise à l'annonce de son gouvernement et n'a pas fait de déclaration publique depuis lundi

Signe que ce calendrier pourrait changer, le ministre de la Culture Mehdi Mabrouk, un indépendant appartenant au "conseil des sages" qui tente de trouver une solution à la crise actuelle, a indiqué que les travaux pourraient prendre encore "quelques jours".

Des médias tunisiens estimaient même mercredi que l'annonce pourrait être retardée au début de la semaine prochaine.

Le chef du gouvernement, numéro deux du parti islamiste Ennahda au pouvoir, a multiplié les consultations, engrangeant les soutiens des syndicats, de partis laïcs, du patronat et d'une partie de la société civile.

Son "conseil des sages", regroupant intellectuels, juristes, modérés d'Ennahda, était aussi réuni mercredi pour chercher des solutions à la grave crise politique actuelle, deux ans après la révolution de janvier 2011 qui a lancé le Printemps arabe.

Mais Ennahda continue de résister, en particulier sa frange radicale, à la création d'un gouvernement apolitique même s'il a entrouvert la porte mardi en disant être favorable à un cabinet alliant politiques et technocrates.

Il a appelé dès lors à une grande manifestation samedi à Tunis pour soutenir sa "légitimité" à être au pouvoir. "Les partisans d'Ennahda se doivent de défendre leur révolution et les intérêts du pays", a lancé dans une vidéo diffusée sur la page Facebook officielle du mouvement l'un de ses vice-présidents, Mohamed Akrout.

En cas de succès de l'initiative Jebali, Ennahda a néanmoins admis qu'il devra lâcher les commandes quatorze mois après avoir pris la tête du gouvernement à la suite de sa victoire aux premières élections libres de l'histoire de la Tunisie.

M. Jebali, qui ne parvenait pas depuis des mois à négocier un remaniement du gouvernement avec les deux partis laïcs de la coalition, a pris l'initiative d'un cabinet de technocrates après l'assassinat de Chokri Belaïd le 6 février, qui a plongé la Tunisie dans une nouvelle vague de violences.

Une semaine plus tard, le ministère de l'Intérieur se borne à dire que "l'enquête avance" sans précision supplémentaire.

De son côté, la presse était divisée sur le calendrier du Premier ministre, les uns estimant urgent d'imposer son initiative, d'autres jugeant qu'il devait prendre son temps.

La Tunisie "ne peut attendre encore, au risque d'un effondrement total et d'un saut dans un obscur inconnu", écrit le quotidien Le Temps.

En revanche, La Presse estime qu'il faut prendre du temps pour former une équipe gouvernementale solide à même de résister aux pressions.

Saluant "la position de M. Jebali qui continue de maintenir la pression autour de l'échéance qu'il a fixée", le journal relève que "les technocrates sont efficaces pour traiter les dossiers mais ils n'ont pas le machiavélisme pour voir venir les manoeuvres occultes".

Outre la crise politique, la rédaction de la Constitution est dans l'impasse, faute de compromis sur la nature du futur régime. Le Premier ministre a souligné que sa démarche visait aussi accélérer ce travail afin de pouvoir tenir des élections le plus vite possible.

De plus, les conflits sociaux souvent violents se multiplient sur fond de misère et chômage, facteurs clés de la révolution qui a renversé Zine El Abidine Ben Ali. Sans oublier l'essor d'une mouvance salafiste jihadiste qui déstabilise régulièrement le pays par des attaques.

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