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13/02/2013 03:32 EST | Actualisé 14/04/2013 05:12 EDT

La crise économique, plus que la division, domine la présidentielle à Chypre

Les Chypriotes élisent dimanche un nouveau président, avec l'espoir qu'il obtienne rapidement un plan de sauvetage international pour l'île méditerranéenne plongée dans une très grave crise économique.

Pour la première fois depuis l'indépendance de Chypre de la Grande-Bretagne en 1960, le débat passionné sur la façon de réunifier le pays, divisé depuis près de 40 ans, est passé au second plan lors de la campagne électorale alors que les négociations sont dans l'impasse.

Le président communiste Demetris Christofias, élu en 2008 et qui avait fait du règlement du "problème" chypriote sa priorité, a décidé de ne pas briguer de deuxième mandat.

Nicos Anastasiades, 66 ans, leader du plus grand parti d'opposition, Disy (droite), est donné grand favori pour lui succéder à l'issue de ce scrutin auquel sont appelés à voter 545.000 Chypriotes.

Selon les derniers sondages, il obtiendrait 15% d'avance sur l'indépendant Stavros Malas, appuyé par le parti communiste Akel. S'il ne recueille pas plus de 50% des voix au premier tour, un second sera organisé le 24 février.

M. Anastasiades, qui s'est dit prêt à d'importantes réformes pour relancer l'économie, est favorable à un plan d'austérité en contrepartie d'un plan de sauvetage international.

L'ancien Premier ministre Giorgos Lillikas, indépendant soutenu par les socialistes et qui arrive en troisième position dans les sondages, est le seul des trois principaux candidats (sur onze au total) à faire campagne contre ce plan.

Il veut utiliser les grandes réserves de gaz découvertes au large des côtes pour relancer l'économie, même si leur exploitation va prendre des années.

"Quelque soit le président élu, il devra signer le plan de sauvetage ou il sera confronté à la faillite de l'Etat (...) Il n'y a pas de troisième option", souligne le professeur de sciences politiques à l'université de Nicosie, Hubert Faustmann.

Chypre est en discussions depuis juin avec le Fonds monétaire international, l'Union européenne et la Banque centrale européenne sur ce plan. Elle estime avoir besoin de quelque 17 milliards d'euros, dont 10 mds pour renflouer ses banques, très exposées à la dette grecque.

Mais les négociations traînent: les autorités ont adopté ces derniers mois des mesures de rigueur comme la hausse de la TVA, mais refusé de procéder aux privatisations réclamées.

La zone euro a ainsi préféré attendre l'issue de la présidentielle pour se prononcer sur une série d'aides à ce pays, où le taux de chômage a plus que doublé ces deux dernières années pour atteindre 14,7% en 2012.

L'autre question récurrente à Chypre est celle de la partition: en 1974, l'armée turque envahit le tiers nord de l'île après un coup d'Etat de Chypriotes-grecs soutenus par Athènes qui voulaient rattacher le pays à la Grèce.

Seule la République de Chypre, dont l'autorité s'exerce de facto sur le sud grec de l'île, est reconnue par la communauté internationale.

M. Anastasiades avait apporté son soutien au plan de l'ONU de réunification de l'île soumis en avril 2004 à référendum, mais ce plan avait été rejeté par la grande majorité des Chypriotes-grecs malgré le "Oui" des Chypriotes-turcs.

L'île est ensuite entrée, divisée, dans l'Union européenne en mai de la même année.

M. Anastasiades est vu par la communauté internationale comme la personnalité la plus crédible pour trouver une solution à la division de l'île.

Pour le commentateur politique Sofronis Sofroniou, il est le mieux placé pour l'emporter car les Chypriotes veulent tourner la page après cinq ans de gouvernement "dogmatique" des communistes.

"Ils n'ont pas vu venir la crise économique", souligne-t-il à l'AFP. "Ils ont le sentiment qu'avec une approche économique différente, (...) un redressement est possible".

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