DIVERTISSEMENT
13/02/2013 10:09 EST | Actualisé 15/04/2013 05:12 EDT

Juliette Binoche à la Berlinale 2013 présente «Camille Claudel 1915»: la star est dépeinte conme une «expressionniste» de l'internement (VIDÉO)

BERLIN, GERMANY - FEBRUARY 12:  Actress Juliette Binoche attends the 'Camille Claudel 1915' Photocall during the 63rd Berlinale International Film Festival at the Grand Hyatt Hotel on February 12, 2013 in Berlin, Germany.  (Photo by Pascal Le Segretain/Getty Images)
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BERLIN, GERMANY - FEBRUARY 12: Actress Juliette Binoche attends the 'Camille Claudel 1915' Photocall during the 63rd Berlinale International Film Festival at the Grand Hyatt Hotel on February 12, 2013 in Berlin, Germany. (Photo by Pascal Le Segretain/Getty Images)

BERLIN, 12 fév 2013 (AFP) - Juliette Binoche aime les expériences extrêmes. Dans "Camille Claudel 1915" de Bruno Dumont, présenté mardi à la Berlinale, elle le prouve encore en incarnant, auprès de patients atteints de troubles mentaux, l'artiste française internée dans un asile.

C'est l'hiver 1915. Recluse dans cet endroit austère du sud de la France, par la volonté de sa famille, celle qui fut pendant 15 ans la maîtresse d'Auguste Rodin et son inspiratrice attend la visite de son frère cadet, Paul Claudel, incarné par Jean-Luc Vincent. Issu du théâtre, le comédien apparaît pour la première fois au cinéma. Il interviendra dans une ultime scène, l'une des rares dialoguées du film qui sortira en France le 13 mars.

Pendant 1h37, l'actrice, oscarisée en 1997 pour son rôle dans "Le patient anglais" de Anthony Minghella et consacrée notamment à Cannes en 2010 pour son interprétation dans "Copie conforme" d'Abbas Kiarostami, crève l'écran de la souffrance qu'elle incarne.

Elle exprime, sans presque prononcer de mots, la douleur de l'enfermement forcé de Camille Claudel, de l'abandon par ses proches et une vie réduite au "rien", à la "rienté", chère au réalisateur français.

"C'est la partie la plus obscure de sa vie, celle d'une recluse que l'on ne connaît qu'à travers son dossier médical et sa correspondance (sur lesquels est basé le film). Cela m'a beaucoup plu de développer toute la cinématographie autour de quelque chose de simple, trois jours dans cet asile et dans l'idée de l'attente de son frère", a expliqué le réalisateur à l'AFP.

Aux côtés de Juliette Binoche: des femmes d'un établissement psychiatrique actuel de Saint-Rémy de Provence ainsi que les infirmières et le médecin en chef, filmés "tels qu'ils sont" et "avec leur accord", dit le réalisateur.

Tous interprètent leurs propres rôles, dans un décor reconstitué, montrant "la maladie mentale comme l'archaïsme qu'elle est, qui demeure, et devant lequel il n'y a rien à dire", ajoute Bruno Dumont.

Gageure

Camille Claudel refuse leur quotidien, comme elle refuse de continuer à sculpter. En filigrane, son syndrome de persécution, sa paranoïa. Au premier plan, une femme dont tout l'être crie à l'injustice. Visage émacié et pâle, yeux rougis, corps tendu, chevelure négligée, elle oscille, entre lutte et résignation, entre colère et compassion, rire et larmes, dans ce sanctuaire vivant.

"La vraie gageure, a expliqué Juliette Binoche à l'AFP, était d'exprimer la nudité dans tout: les émotions, le paysage, être rien, lâché dans la solitude au fond d'un asile pendant 30 ans, alors que c'est un être d'une très grande envergure avec une passion exceptionnelle de créer en elle, de montrer ce que la vie peut faire parfois aux êtres qui ont le plus à donner".

L'ascèse des lieux et la somptuosité d'une nature aride, toute en pierres et en arbres noueux, contribue à cette impression de dénuement, exprimée par l'actrice de manière "expressionniste", dit Dumont.

Juliette Binoche a passé trois semaines avec les patients de la résidence pour se préparer. Elle dit avoir eu "du mal à trouver sa place parfois dans le film, à être proche (des patients) mais pas trop".

Le personnage marche, mange, regarde un arbre et son être devient ce qu'elle fait, le paysage, les pierres. Dans ce théâtre, les êtres humains s'observent, comme en alerte, et la moindre action peut tourner au drame, devenant hurlement, distorsion, exacerbation des émotions.

Autre gageure, dit l'actrice, "c'est qu'on est tout en silence et qu'il y a deux ou trois moments extrêmement parlés, comme si toutes les paroles qu'elle n'avait pas réussi à dire sortaient d'un coup".

Camille Claudel passera encore 29 années à l'asile où elle mourra à 79 ans le 19 octobre 1943. Inhumée dans un caveau collectif, on ne retrouvera jamais son corps.