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13/02/2013 01:51 EST | Actualisé 15/04/2013 05:12 EDT

Israël: interrogations autour de la mort d'un espion présumé juif australien

Le mystère entourant les circonstances de l'apparent suicide d'un juif australien, présenté comme un agent du Mossad, qui était emprisonné dans le plus grand secret en Israël en 2010, selon une TV australienne, a déclenché mercredi une polémique médiatique et politique.

La censure israélienne avait interdit mardi de relayer des informations sur cette affaire révélée par la chaîne de télévision australienne ABC. Mais ce black-out imposé a été brisé par trois députés d'opposition qui, profitant de leur immunité parlementaire, ont interrogé au Parlement le ministre de la Justice Yaakov Neeman sur cette affaire.

Et les médias ont finalement été autorisés mercredi à faire état des informations d'ABC.

"Les médias peuvent désormais utiliser ce qui a été publié à l'étranger, mais l'interdiction totale concernant les raisons de la détention (du ressortissant australien) reste en vigueur", a affirmé à l'AFP un responsable du bureau de la censure.

Les médias israéliens ont ainsi pu rapporter que, selon ABC, un Australien de 34 ans s'appellant Ben Zygier, recruté par le Mossad, les services de renseignements israéliens, a été retrouvé pendu dans sa cellule de la prison Ayalon, près de Ramleh, au sud de Tel-Aviv, en décembre 2010.

L'homme, un avocat de Melbourne, serait arrivé en Israël en 2001 sous le nom de Ben Alon. Il aurait ensuite vécu dans ce pays, épousant une Israélienne avec laquelle il aurait eu deux enfants, avant d'être arrêté et incarcéré "début 2010", a précisé ABC.

En juin 2010, le site d'information israélien Ynet avait indiqué qu'un certain "Monsieur X" était emprisonné dans le plus grand secret. Mais cette information avait été subitement retirée moins d'une heure après sa publication.

En général, pour contourner la censure notamment pour les affaires de renseignements, les opérations militaires ou les assassinats ciblés en dehors du pays, les médias israéliens utilisent les informations publiées à l'étranger. Mais dans ce cas, ce stratagème leur a été interdit jusqu'à mercredi.

Interpellé au Parlement, Yaakov Neeman s'était contenté d'affirmer que "les prisons sont sous la juridiction du ministère de la Sécurité intérieure", tout en soulignant que "tout cela mérite examen".

Le ministre de la Sécurité Intérieure, Yitzhak Aharonovitch, devait, selon la radio publique, répondre à des questions orales mercredi après-midi au Parlement mais, indisposé, il n'a pu assister à la séance.

L'ex-ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman a pour sa part dénoncé à la radio les députés ayant évoqué cette affaire.

"Une fois de plus, certains parlementaires n'hésitent pas à se solidariser avec l'ennemi et profitent de leur immunité pour violer la censure", a-t-il dit tout en affirmant "ne rien savoir" sur le fond de cette affaire.

Toutefois, dans une lettre au procureur général adjoint, l'Association pour la défense des droits civiques en Israël (ACRI), excipant du "vif intérêt de l'opinion publique pour les raisons du décès du prisonnier", a demandé "si le détenu s'était bien suicidé et s'il y avait eu négligence dans sa surveillance".

Un député du parti de gauche Meretz, Nitzan Horowitz, a par ailleurs affirmé avoir tenté de vérifier le cas de "Monsieur X" en juin 2010 mais que les autorités judiciaires lui avaient répondu que tout était en ordre.

En Australie, le chef de la diplomatie Bob Carr a ordonné un examen de l'affaire. Il a affirmé qu'il n'hésiterait pas à demander des explications à Israël "sur ce qui s'est passé" tout en précisant que ses services n'avaient pas été contactés par la famille de Ben Zygier et qu'il n'y avait eu "aucune demande d'asssistance consulaire durant la période de sa détention présumée".

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