NOUVELLES
13/02/2013 01:51 EST | Actualisé 15/04/2013 05:12 EDT

Importations de fromage d'Europe: Saputo et Agropur n'ont pas la même réaction

MONTRÉAL - Les deux principaux transformateurs laitiers du Québec ne réagissent pas de la même façon au désir des Européens d'exporter davantage de fromage au Canada.

Lors d'une conférence de presse tenue en marge de l'assemblée annuelle d'Agropur, mercredi, le président du conseil d'administration de la coopérative, Serge Riendeau, a déclaré que toute hausse du quota de fromage alloué à l'Union européenne (UE) «serait une mauvaise nouvelle» pour les producteurs canadiens.

Le Canada autorise actuellement des importations de fromage totalisant 20 400 tonnes par année, dont 13 500 provenant d'Europe. Dans le cadre des négociations de libre-échange avec le Canada, l'UE réclame une hausse de 10 000 tonnes de son quota pour un total de 23 500 tonnes.

«Chaque tonne de plus qui va entrer sera une tonne qui ne sera pas produite avec du lait des producteurs du Canada et qui ne sera pas transformée par nos industries au Canada», a noté M. Riendeau.

Une hausse des importations en provenance d'Europe, «ça viendrait déstabiliser grandement une industrie qui s'est développée de façon fort importante au Québec», a-t-il estimé.

La production annuelle de fromage d'Agropur, qui contrôle la moitié du marché canadien, est d'environ 94 000 tonnes.

Selon Serge Riendeau, ouvrir davantage le marché du fromage à l'Europe porterait atteinte au système canadien de gestion de l'offre, qui protège les producteurs de lait, d'oeufs et de volaille par le biais notamment de tarifs douaniers très élevés sur les importations hors quota.

«Nos gouvernements nous disent qu'ils continuent de soutenir et de maintenir la gestion de l'offre, a-t-il rappelé. Un des moyens de le faire, c'est de contrôler les importations.»

Saputo

À peine deux heures plus tard, au cours d'une téléconférence avec les analystes financiers, le président et chef de la direction de Saputo (TSX:SAP), Lino Saputo fils, se montrait beaucoup moins inquiet des velléités européennes.

«Je pense que nous sommes en mesure de répondre plutôt rapidement et de réagir plutôt efficacement à tout changement (qui pourrait être mis en place)», a affirmé M. Saputo, sans donner plus de détails.

Le dirigeant n'a pas manqué de relever qu'en plus de l'Union européenne, le Canada négocie aussi un libre-échange avec le Partenariat transpacifique, qui regroupe l’Australie, Brunei, le Chili, les États-Unis, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam.

D'après lui, une éventuelle entente avec ces pays pourrait entraîner une «dissolution» du système de gestion de l'offre et permettre à Saputo d'exporter sa production canadienne en Asie et ailleurs.

Résultats

À son troisième trimestre, qui a pris fin le 31 décembre, Saputo a enregistré des profits nets de 130 millions $ (65 cents par action), en hausse de 0,2 pour cent par rapport aux 129,8 millions $ (64 cents par action) dégagés pendant la même période de l'an dernier. Ces résultats sont légèrement inférieurs aux attentes des analystes.

Le chiffre d'affaires s'est élevé à 1,8 milliard $, en hausse de 0,2 pour cent.

Saputo a notamment souffert d'une stagnation des volumes de fromage vendus aux États-Unis et d'une baisse de la rentabilité de ses activités d'exportation en Argentine. Les prix internationaux du lait ont chuté en raison du ralentissement économique en Chine, qui est devenu un joueur important sur ce marché au cours des dernières années.

En Europe, Saputo a dit continuer de «faire face à des défis quant à l’approvisionnement en lait à des prix concurrentiels par rapport au prix de vente du fromage».

En outre, depuis quelques semaines, Saputo doit composer avec une hausse du prix de certaines catégories de lait aux États-Unis.

La division de la boulangerie, qui fabrique notamment les petits gâteaux Vachon, a enregistré une hausse de ses ventes et de ses profits au troisième trimestre. «L'hémorragie est terminée», s'est félicité Lino Saputo, faisant allusion au déclin prononcé des trois ou quatre dernières années.

Les graves difficultés financières du fabricant américain Hostess, qui produisait les célèbres petits gâteaux Twinkie, pourraient aider Saputo à vendre davantage de produits Vachon aux États-Unis.

«Cela nous ouvre des portes», a commenté M. Saputo.

Le dirigeant a par ailleurs assuré que malgré l'achat de l'entreprise américaine Morningstar pour 1,45 milliard $ US, en décembre, Saputo avait encore à sa disposition entre 2 et 2,5 milliards $ pour effectuer d'autres acquisitions au sud de la frontière.

L'action de Saputo a perdu 2,2 pour cent mercredi pour clôturer à 49,70 $, à la Bourse de Toronto.