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13/02/2013 04:30 EST | Actualisé 14/04/2013 05:12 EDT

Ahrar al-Cham, l'autre grand groupe rebelle islamiste en Syrie

Les jihadistes du Front Al-Nosra occupent le devant de la scène islamiste en Syrie. Mais un autre groupe de cette nébuleuse, moins extrémiste et aux accents nationalistes, Ahrar al-Cham, est tout aussi actif sur les lignes de front du Nord rebelle.

Né fin 2011 de l'agrégation d'une trentaine d'unités rebelles, Ahrar al-Cham, ou les "Hommes libres de Syrie", est plus particulièrement implanté dans les provinces d'Idleb, Alep et Hama (nord-ouest).

Un moment marginalisé par la fulgurante ascension du Front al-Nosra, Ahrar al-Cham a retrouvé ces derniers mois toute sa combativité sur les champs de bataille d'Idleb, a constaté le journaliste de l'AFP.

Ahrar al-Cham a ainsi joué un rôle clé dans les récentes avancées autour de la ville de Jisr al-Chougour. Il est en première ligne dans les opérations militaires autour de la ville d'Idleb, et plus au sud à Maaret al-Noomane.

Des sources rebelles affirment que ce retour sur le devant de la scène, accompagné en outre par une intense propagande sur internet, est notamment la conséquence d'une arrivée de fonds en provenance de pays du Golfe.

Fin décembre, Ahrar al-Cham a annoncé la création d'un Front islamique syrien rassemblant une dizaine d'autres organisations et fin janvier, toujours via internet, plusieurs autres groupes ont fait fusion sous son aile, sous le nouveau nom de Harakat Ahrar al-Cham al-Islamiya (Mouvement islamique des hommes libres de Syrie).

Sur le terrain, les combattants d'Ahrar al-Cham arborent les habituels attributs des islamistes: longue barbe, turban noir, drapeaux frappés de la profession de foi du prophète. Le groupe reste surtout identifiable à sa bannière blanche frappée de son logo en forme d'aigle ailé, qui flotte sur ses check-points et QG.

Ses hommes sont en très grande majorité syriens, a constaté l'AFP.

L'une des forces d'Ahrar al-Cham est son enracinement dans les territoires rebelles. A la différence d'al-Nosra, qui garde une certaine distance avec les populations, le groupe a une vraie légitimité populaire, avec presque toujours des villageois ou citadins du cru dans ses rangs.

Il semble bien structuré. Ses chefs ne sont pas connus. Un dénommé Abou Anas (un pseudonyme) est le commandant pour le nord du pays.

"Les fondateurs du mouvement sont tous d'anciens détenus politiques de la tristement célèbre prison de Saydnaya, près de Damas. Ils ont vécu, souffert ensemble des années" en prison, révèle une source proche de ce groupe. "Tous ont été libérés dans le cadre de l'amnistie ordonnée en mai 2011 par le régime".

Ahrar al-Cham n'a pas de lien organique avec la Coalition de l'opposition, et a été exclu de son Conseil militaire suprême, une décision mal vécue au sein du groupe, selon la même source.

Au front, ses hommes collaborent occasionnellement aussi bien avec l'Armée syrienne libre (ASL, laïque) qu'avec le Front al-Nosra, a-t-on constaté. Ils ont recours aux attentats, mais apparemment pas aux attaques suicide, et affirment ne viser que des cibles militaires.

Idéologiquement, Ahrar al-Cham diffère des jihadistes d'al-Nosra (liés à Al-Qaïda en Irak, selon Washington). Hostile aux élections, le groupe affirme rejeter le "fanatisme".

Il est partisan d'un Etat islamique basé sur la charia, qui garantisse également les droits des minorités, chrétiennes en particulier. Le statut des minorités chiite et alaouite, dont est issu le président Bachar al-Assad, reste ambigu.

"Un groupe comme Ahrar al-Cham brouille les catégories habituelles entre nationalistes et jihadistes", note Jean-Pierre Filiu, auteur de "Le nouveau Moyen-Orient".

"Sa rhétorique peut sembler très chargée de références islamiques, mais (...) c'est au fond la souveraineté du peuple de Syrie qu'il veut restaurer contre la dictature". En plus de ses évidentes capacités offensives, il incarne "la légitimité d'un enracinement dans la durée (...) et à l'échelle nationale".

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