NOUVELLES
13/02/2013 03:34 EST | Actualisé 15/04/2013 05:12 EDT

11-Septembre: "pressions" pour contrôler les communications des accusés (témoins)

Des témoins à une audience des accusés du 11-Septembre ont parlé mercredi de "pression" politique et du rôle du renseignement militaire dans le contrôle du courrier et des conversations des détenus avec leurs avocats.

Juste avant la suspension des débats, à la fin du troisième jour de cette audience retransmise sur une base militaire à Fort Meade (Maryland, est), les avocats de trois accusés se sont plaints de la disparition de courriers confidentiels des cellules.

"Leurs cellules ont été mises à sac" pendant l'audience de mardi, a protesté Cheryl Bormann, avocate du Yéménite Wallid ben Attach, et du courrier avocats-clients a été "saisi et a maintenant disparu". Les avocats du cerveau du 11-Septembre Khaled Cheikh Mohammed et du Yéménite Ramzi ben al-Chaïba, les seuls à avoir assisté également à l'audience de mardi, ont indiqué être "dans la même situation".

Le juge James Pohl a ordonné que les courriers soient restitués dès jeudi sans "être lus davantage".

A l'audience, boycottée mercredi par les cinq accusés, le lieutenant Alexander Homme a admis qu'il rencontrait "beaucoup de pression" dans son travail de surveillance du courrier des accusés.

Il a confirmé par vidéo-conférence ce qu'il avait écrit dans un article d'août 2012: la pression émanait "de plusieurs directions: les avocats, les commandants de Guantanamo et l'influence politique".

L'officier, assigné au tri du courrier des détenus de "grande valeur" de Guantanamo de juillet à décembre 2011, a reconnu que cette pression venait du FBI, du département d'Etat "et de plus". Mais il ne "se rappelle pas avoir jamais eu à traiter directement avec des représentants d'agences du renseignement, autres que le J2", le service de renseignement de la coalition militaire à Guantanamo.

J2 contrôle les caméras, les micros et tout l'équipement d'écoute installé dans les bureaux, où les accusés rencontrent leurs avocats, a indiqué pour sa part le colonel John Bogdan, qui commande les forces de sécurité à Guantanamo.

Le colonel Bogdan a admis avoir été "furieux" en apprenant récemment l'existence de cet équipement et a confirmé avoir vu deux caméras ressemblant à des détecteurs de fumée dans chacune des 16 cellules du camp Echo 2, où les détenus de grande valeur rencontrent leurs défenseurs mais aussi la Croix rouge internationale.

Il a indiqué que ce matériel, initialement installé par le FBI, était depuis 2008 contrôlé par l'agence J2, qui a accès au camp Echo 2 et procure des informations sur les activités des détenus.

"J2 est propriétaire de l'équipement électronique, le remplace, le répare et procède aux améliorations techniques", selon le colonel Bogdan, qui a la responsabilité du camp Echo 2.

"A ma connaissance, le matériel n'a jamais été utilisé", a ajouté à la barre le commandant, vêtu de son uniforme militaire, assurant que "les écoutes des rencontres avocats-clients sont prohibées". Selon lui, l'équipement était destiné à éviter qu'un objet dangereux ne passe entre les mailles du filet des fouilles corporelles.

"Je me souviens avoir rejeté un nombre important de documents", notamment "tout ce qui n'était pas produit par l'avocat", a renchéri le lieutenant Homme, évoquant le tri du courrier. Mais "je n'ai jamais lu le contenu de quoi que ce soit que j'ai contrôlé", a-t-il précisé.

Les accusés encourent la peine de mort pour le meurtre de près de 3.000 personnes lorsque le procès s'ouvrira, au plus tôt dans un an.

chv/bdx