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12/02/2013 04:38 EST | Actualisé 14/04/2013 05:12 EDT

Martine Dugrenier et le monde de la lutte canadienne ont été pris par surprise

MONTRÉAL - La décision du CIO de retirer la lutte du programme olympique en vue des Jeux de 2020 a été une surprise totale pour les membres de ce sport au Canada, à commencer par Martine Dugrenier.

«On a vraiment été pris par surprise», a reconnu la lutteuse de 33 ans, mardi, au cours d'un entretien téléphonique.

Don Ryan, le président de l'Association canadienne de lutte amateur, a d'abord cru à une blague quand il a pris connaissance des nombreux messages qui l'attendaient à son éveil, mardi.

«Je croyais que certains de mes athlètes me jouaient un tour et la première chose que j'ai faite, c'est d'appeler Tamara Medwidsky, la directrice exécutive, pour vérifier si c'était vrai», a raconté Ryan lors d'une conférence téléphonique.

Dugrenier et Ryan, ainsi que leurs confrères et consoeurs à travers le pays, ont finalement dû se rendre à l'évidence. Ils estiment toutefois que l'histoire n'est pas terminée.

«J'ai eu la confirmation tantôt que la décision (du comité exécutif du CIO) est en fait une recommandation», a indiqué Dugrenier, qui a terminé cinquième lors des Jeux olympiques de 2008, à Pékin, ainsi qu'à ceux de 2012, à Londres.

Propos auxquels Ryan a fait écho de son côté, expliquant que la décision de l'exécutif est en fait une recommandation que le conseil d'administration du CIO devra entériner — ou non — au mois de mai.

«Tout le monde va travailler maintenant à faire renverser cette recommandation-là. Sans jouer avec les mots, on va lutter pour notre place afin de rester», a affirmé Dugrenier.

Si la décision de l'exécutif est maintenue, le sort de la lutte sera décidé lors d'une assemblée prévue en septembre au cours de laquelle on votera pour choisir un sport qui sera ajouté au programme olympique en 2020. Parmi les candidats, on retrouve notamment le baseball et le karaté.

«Ce n'est pas fini tant que ce n'est pas fini, et on va vraiment lutter jusqu'au bout pour faire en sorte que ça ne se rende pas jusque-là», a souligné Dugrenier.

Ce sera à la fédération internationale de lutte, la FILA, de militer auprès du CIO afin de faire valoir les mérites de son sport, dont l'exclusion a été jugée très étonnante par plusieurs tierces parties, mardi. Les dirigeants de la lutte canadienne appuieront la FILA du mieux qu'ils le peuvent.

Pendant ce temps, Dugrenier se croisera les doigts, tout en continuant de suivre le programme de réadaptation qu'on lui a donné à la suite d'une opération à l'épaule subie avant la période des Fêtes.

En raison de cette opération, elle ne prévoit pas prendre part à des compétitions en 2013, si bien qu'elle poursuivra sa réflexion sur son avenir au cours des prochains mois.

Dugrenier pourrait décider de prendre sa retraite ou de poursuivre jusqu'en 2016, alors que la lutte sera encore au programme olympique en vue des Jeux de Rio de Janeiro.

Même s'il est assuré qu'elle ne disputera pas les JO de 2020 comme athlète, le retrait de la lutte à ce moment aurait un impact important sur sa vie puisqu'elle envisageait sérieusement de devenir entraîneur.

«Ça ne m'affecterait pas comme athlète, mais j'avais espoir de veiller au développement d'athlètes et de les mener jusqu'à des Jeux olympiques», a déploré Dugrenier, qui a aussi fait remarquer que l'exclusion des JO amènera la lutte à perdre les gains que ce sport a chèrement gagnés ces dernières années.

«Ce n'est pas parce qu'un sport n'est plus olympique que plus personne ne va le pratiquer, mais c'est sûr que ça peut faire mal, a-t-elle reconnu. Les sports olympiques reçoivent plus de financement, plus de subventions et plus de support financier de la part de différentes organisations. C'est d'ailleurs ce qui a permis à la lutte d'avoir un deuxième souffle quand on a ajouté la lutte féminine au programme des Jeux de 2004.»

Bien des observateurs s'attendaient à ce que ce soit le pentathlon moderne, une discipline beaucoup plus complexe que la lutte à pratiquer, qui écope..

«Parfois, il y a des sports où ce sont seulement les pays ou les gens plus riches qui peuvent espérer aller aux Jeux olympiques, a noté Dugrenier. Je pense que ça vaut la peine de garder un sport comme la lutte, que tout le monde peut pratiquer.

«Il suffit d'un équipement minimal. Même les pays africains sont capables d'envoyer des athlètes aux Jeux olympiques en lutte.

«Mais il n'y a rien de fait encore, on va vraiment lutter jusqu'au bout, a ajouté Dugrenier. Il faut vraiment se concentrer et travailler ensemble — athlètes, entraîneurs et dirigeants —, afin de faire renverser cette décision.»