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12/02/2013 03:36 EST | Actualisé 14/04/2013 05:12 EDT

Les négociations dans la construction retardées par la loi sur le placement

MONTRÉAL - Alors que les conventions collectives dans la construction viennent à échéance en avril, La Presse Canadienne a appris que les négociations avec les employeurs n'ont pas encore débuté, que l'ensemble du processus a pris du retard à cause de la nouvelle loi qui a aboli le placement syndical.

La Loi 33, qui a surtout fait parler d'elle parce qu'elle abolissait le placement syndical, prévoyait aussi que les cinq organisations syndicales de la construction devaient conclure entre elles un protocole de négociation, avant de commencer les discussions avec les associations d'employeurs.

Or, les cinq organisations ne sont pas parvenues à s'entendre sur le poids à donner à chacune au moment des décisions finales.

L'importance du membership de ces organisations syndicales varie du simple au quintuple. La plus importante, la FTQ-Construction, représente 44 pour cent des ouvriers, et la plus petite, la CSN-Construction, en représente 8,6 pour cent.

La FTQ-Construction et le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (international) représentent ensemble près de 70 pour cent des ouvriers, alors que la CSD-Construction, le Syndicat québécois de la construction et la CSN-Construction en représentent ensemble 30 pour cent.

En entrevue, le directeur général du Conseil provincial, Donald Fortin, a assuré que les deux grandes organisations syndicales étaient prêtes à faire de la place aux trois plus petites à la table de négociation.

«Nous on proposé un protocole d'entente dans lequel on exigeait que les décisions finales sur les négociations devaient être prises conformément au choix des travailleurs, c'est-à-dire selon la représentativité des cinq syndicats. La FTQ et le Conseil, on s'était entendu, mais les autres ne voulaient pas. Eux voulaient que ce soit 'une association syndicale, un vote'» peu importe le membership du syndicat, a dit M. Fortin.

«À trois, ils représentent 30 pour cent et ils renversent nos décisions? Ca ne tient pas debout!» s'est-il exclamé.

La Loi 33 prévoyait qu'en cas de mésentente sur ce protocole de négociation, les associations syndicales pouvaient demander à un arbitre de l'établir _ ce qui a été fait.

Mais la décision de l'arbitre, qui devait être rendue d'ici le 10 février, n'a pas encore été rendue, ce qui fait que les négociations avec les associations d'employeurs n'ont même pas pu commencer.

Et les employeurs aussi ont hâte que la négociation débute.

«Normalement, on est plus avancé que ça. Généralement, on réussit à conclure à tout le moins le protocole d'entente au mois de décembre. Puis généralement, les demandes sont déposées aussi au cours du mois de décembre. Mais cette année, il n'y a absolument rien de fait à ce moment-ci, en raison du fait qu'ils ne sont pas capables de s'entendre entre eux, la partie syndicale», a confirmé en entrevue le directeur général de l'Association des entrepreneurs en construction du Québec, Pierre Dion.

Pour le moment, rien n'est dramatique. «À ce moment-ci, il n'y a pas lieu de paniquer, mais c'est sûr que plus les délais raccourcissent par rapport au 30 avril, plus ça met une pression. Ça va raccourcir l'échéancier, la période pour s'entendre», a dit le dg de la plus importante association patronale.

Le dirigeant syndical Fortin donne une idée de l'ampleur des obstacles à surmonter. «On va tout tenter pour s'entendre, mais il faut commencer par déterminer qui va parler, pour quoi, pour qui, qui va décider de quoi, qui va être porte-parole.» Ensuite, il faudra développer le cahier des demandes syndicales et établir des priorités.

«Et il faut déterminer ça avant de parler des vraies affaires avec les parties patronales. Et si on a encore des décisions et du 'taponnage' à faire pendant deux semaines, ça nous mène au mois de mars» pour commencer à négocier avec les associations patronales, a dit M. Fortin.

La négociation des quatre conventions collectives dans l'industrie de la construction par les cinq organisations syndicales et les quatre associations patronales est un processus complexe.

L'Association des entrepreneurs en construction (AECQ) négocie les clauses communes aux quatre secteurs d'activités. Puis trois autres associations patronales négocient les clauses propres à leur secteur. Il s'agit de l'Association provinciale des constructeurs d'habitation du Québec (APCHQ) pour le secteur résidentiel, de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux (ACRGTQ) pour le secteur du génie civil et de la voirie ainsi que de l'Association de la construction du Québec pour le secteur institutionnel et commercial.