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05/02/2013 08:49 EST | Actualisé 07/04/2013 05:12 EDT

Une matinée en compagnie de Giuseppe Borsellino à la commission Charbonneau

Un texte de François Messier

L'entrepreneur en construction Giuseppe « Joe » Borsellino sera de nouveau interrogé ce matin sur les relations qu'il entretient avec l'ex-directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis.

L'après-midi sera consacré à un débat sur l'opportunité de lever l'ordonnance de non-publication touchant des témoignages des derniers jours dans le scandale du Faubourg Contrecoeur.

Le grand patron de Garnier Construction s'est montré évasif lorsqu'il a été interrogé à ce sujet lundi après-midi. Le procureur Simon Tremblay l'a d'ailleurs invité en fin de séance à « réfléchir » à ces liens, en le prévenant qu'il reviendrait à la charge mardi.

Le procureur Tremblay a laissé entendre que le témoin avait contacté Jocelyn Dupuis en 2008 pour s'informer de la possibilité d'obtenir des contrats dans le cadre d'un projet de rénovation d'une usine de Rio Tinto au Saguenay.

Selon lui, six entreprises ont été invitées à soumissionner pour ce contrat de 40 millions de dollars, dont Opron, qui fait partie du groupe que dirige Giuseppe Borsellino.

Le témoin a longtemps tergiversé à ce sujet. Il a dit ne jamais avoir fait de démarches pour Opron, avant d'admettre qu'il avait bel et bien contacté « des amis » pour s'informer de la possibilité d'obtenir des contrats. Jocelyn Dupuis était l'un d'eux, a-t-on finalement appris.

Giuseppe Borsellino a affirmé que l'ex-directeur général de la FTQ-Construction ne pouvait pas l'aider, mais a reconnu qu'il était peut-être au courant des possibilités de travailler chez Rio Tinto. « Je veux savoir comment ces multinationales-là marchent », a-t-il fait valoir.

Le témoin a aussi admis du bout des lèvres que Jocelyn Dupuis l'avait déjà appelé pour l'intéresser à un projet. Un tas de gens pouvaient cependant faire de même, a-t-il prestement ajouté.

Après avoir quitté la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis est devenu PDG de Carboneutre, une entreprise dans laquelle était aussi impliqué le caïd Raynlad Desjardins.

Le procureur Tremblay avait précisé d'entrée de jeu que Giuseppe Borsellino avait refusé de rencontrer les enquêteurs de la commission pour une entrevue préalable, ce qui laisse planer un doute sur sa volonté de collaborer.

Il est à noter que le patron de Garnier Construction porte le même nom qu'un autre promoteur qui dirige le groupe Petra-St-Luc, et dont les activités ont été évoquées lors du témoignage de l'ex-directeur de la Direction des stratégies et transactions immobilières de la Ville de Montréal, Joseph Farinacci, lundi avant-midi.

Le témoignage de Giuseppe Borsellino devrait se terminer à 12 h 30. Les avocats des médias tenteront alors de convaincre les commissaires de lever l'ordonnance de non-publication concernant une partie des témoignages de M. Farinacci et du PDG de Genius Michel Lalonde, ainsi que celui de Jacques Victor, un spécialiste des appels d'offres.

Un nom évoqué à plusieurs reprises

Le nom Joe Borsellino a déjà été évoqué à plusieurs reprises devant la commission. Il a notamment été associé à un cartel d'entrepreneurs actifs à Montréal dans les années 2000 par l'ex-propriétaire d'Infrabec Lino Zambito, le patron de Terramex Michel Leclerc et les ingénieurs retraités de la Ville de Montréal Gilles Surprenant et Luc Leclerc.

Lors de son témoignage, Lino Zambito a affirmé que Garnier Construction faisait partie du cartel des égouts actif à Montréal au cours des années 2000. Il a soutenu que ces entreprises devaient verser 2,5 % de la valeur des contrats truqués obtenus à Nicolo Milioto, alors dirigeant de Mivela Construction, un homme identifié comme un intermédiaire entre les entrepreneurs et le clan mafieux Rizzuto par un enquêteur de la commission. Des véhicules de Garnier avaient d'ailleurs été vus par la GRC près du café Consenza, quartier général de la mafia, lors de l'opération Colisée entre 2002 et 2006.

L'ex-entrepreneur avait précisé que les mêmes entrepreneurs versaient une autre ristourne de 3 % sur les contrats obtenus à Nicolo Milioto pour le financement d'Union Montréal, et ce, à compter de 2005 ou 2006.

En octobre dernier, Gilles Surprenant a aussi désigné Garnier Construction comme une des dix entreprises de construction impliquées dans un système de collusion à la Ville de Montréal entre 2000 et 2008. M. Suprenant a révélé avoir reçu quelque 700 000 $ en pots-de-vin de la part des membres de ce cartel, dont 102 500 $ de Giuseppe Borsellino.

Luc Leclerc, qui a longtemps été ingénieur chargé de la surveillance des chantiers à la Ville de Montréal, a aussi dit qu'il recevait de l'argent de Giuseppe Borsellino, en échange de l'approbations de faux extras. Il dit avoir déjà reçu 25 000 $ en argent comptant de ses mains.

De son côté, Michel Leclerc de Terramex a expliqué avoir découvert la réalité de la collusion à Montréal au contact de Giuseppe Borsellino, à la fin des années 1990. Ce dernier lui avait alors, à deux reprises, demandé de se « tasser » pour des contrats lancés par la Ville de Montréal en 1997.

À la première occasion, a-t-il dit, Giuseppe Borsellino lui a offert 50 000 $ pour qu'il se retire d'une soumission qu'il avait remportée. Michel Leclerc a raconté que quelques jours après avoir refusé l'offre, M. Borsellino et un autre homme l'avaient intercepté dans son camion pour insister de nouveau, mais en vain. « Il y a eu un petit peu d'intimidation », a-t-il dit.

« Dans les jours qui ont suivi cette rencontre-là, on a eu un appel à la bombe au bureau, et puis on a eu de l'équipement qui a été volé et endommagé. J'en ai déduit que c'était peut-être en rapport avec cet événement-là », a conclu Michel Leclerc.

Michel Lalonde a aussi déclaré la semaine dernière qu'il avait déjà autorisé de faux extras réclamés par Garnier Construction. Genius recevait 25 % de ces sommes volées aux contribuables en argent comptant, a-t-il dit, ce qui lui permettait de faire du financement politique illégal.

Son nom était aussi ressorti lorsqu'il a été révélé que l'ex-grand patron des travaux publics à la Ville de Montréal, Robert Marcil, avait remis sa démission en juin 2009 après avoir été interrogé par des enquêteurs de la Ville au sujet d'un voyage en Italie en sa compagnie.

Aucun de ces sujets n'a été abordé par le procureur Tremblay lundi après-midi.