NOUVELLES
05/02/2013 10:21 EST | Actualisé 07/04/2013 05:12 EDT

Truquer un match de foot? Plus simple que de marquer un but

Le trucage d'une rencontre de football est presque un jeu d'enfant initié le plus souvent en Asie et orchestré avec la complicité de réseaux mafieux de l'Est de l'Europe partout dans le monde, jusqu'aux championnats les plus relevés.

Provocateur, le journaliste canadien Declan Hill en a même fait un livre en 2008 intitulé "Comment truquer un match de foot?" et demeuré une Bible pour les Eliot Ness de la corruption sportive. Plus récemment, le très sérieux Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) a rédigé son Livre Blanc sur le sujet. Tout aussi renversant!

"Le mécanisme est classique", raconte Christian Kalb, consultant spécialisé dans le domaine des paris. "A la base, on a le financeur, asiatique dans 99% des cas. D'un côté, il travaille avec des opérateurs, souvent illégaux, auprès desquels il parie. En Europe, il recrute des hommes de main chargés du volet corruption. Ce sont souvent des Croates ou en tout cas des gens des Balkans"

Dans les deux affaires antérieures les plus significatives, celle de Bochum (ndlr: affaire de matches truqués portant sur plus de 300 matches notamment en Allemagne et Suisse) et du Calcioscommesse (en 2011/2012 en Italie), le donneur d'ordre était une seule et même personne: Dan Tan, "parrain" de Singapour que beaucoup soupçonnent d'être à l'origine du nouveau scandale révélé lundi par Interpol. "C'est un peu le Ben Laden du sport", note Kalb. "Mais agir contre lui n'est pas si simple."

En Europe, ou en Amérique du Sud, les sbires de Dan Tan recrutent dans un premier temps des intermédiaires. "Les contacts entre les deux parties ne sont pas directs. Il y a des intermédiaires entre les corrupteurs et les joueurs. Ce sont d'anciens entraîneurs ou joueurs qui jouissent d'une bonne réputation et peuvent facilement appâter leurs proies", explique Declan Hill.

Souvent, plus que l'appât du gain, le recours au chantage est le moyen de corrompre un joueur: dépendance au jeu, à l'alcool, au sexe, adultère, affaire de dopage... Tous les ressorts sont bons pour convaincre l'acteur d'un match d'influencer le score. Et lorsque rémunération il y a, elle peut atteindre 20 à 30.000 euros dans les plus grands championnats.

"Au départ, on ne leur demande pas forcément de perdre mais de faire une action spécifique. Une fois que le joueur a mis le doigt dans l'engrenage, il est de plus en plus souvent réactivé et là, on lui en demande plus", explique Christian Kalb. "Un joueur peut fonctionner ainsi durant toute une carrière."

Dans son livre noir publié en 2012, la Fifpro (syndicat international des joueurs professionnels) estimait à 50 à 60% le taux de joueurs approchés dans certains pays de l'Est.

A ce stade, c'est souvent l'équipe la plus faible qui est la cible des corrupteurs "parce que si une équipe faible fait exprès de perdre, personne ne se doute de rien", note Hill. L'intérêt alors, est de miser sur des scores exacts. "Si la petite équipe perd 7 à 1 au lieu de 1 à 0, ça peut vite représenter une cote de 20 contre 1. Pour 100.000 euros, vous empochez 2 millions!", calcule Christian Kalb.

Lors de son enquête dans les pays de l'Est, l'IRIS a ainsi constaté que sur quatre matches corrompus sur cinq se concluaient sur le score "commandé".

Au financeur à ce stade, de mettre en place des systèmes de paris chez plusieurs opérateurs, légaux ou pas, pour diluer les sommes et passer à chaque fois sous les radars de plus en plus nombreux qui détectent les trop fortes mises. En général, les fonds sont constitués d'argent sale et l'opération permet de les blanchir. Mais c'est une tout autre histoire....

cha/pga/pid