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05/02/2013 06:17 EST | Actualisé 07/04/2013 05:12 EDT

Trois ex-élus koweïtiens condamnés à la prison pour diffamation de l'émir

Un tribunal koweïtien a condamné mardi trois ex-élus de l'opposition à trois ans de prison chacun pour diffamation de l'émir, un verdict qualifié de "politique" par l'opposition qui est descendue dans les rues pour exprimer sa colère.

"Khaled al-Tahous, Falah al-Sawwagh et Bader al-Dahoum ont été condamnés à trois ans de prison chacun", a annoncé leur avocat, Mohammad al-Jumia, sur son compte Twitter.

Le jugement est immédiatement applicable, mais en fin de soirée, les trois hommes n'avaient pas encore été arrêtés. Ils ont la possibilité d'interjeter appel et de demander, si le verdict est confirmé, son annulation par la Cour suprême.

Lors d'un meeting politique le 10 octobre 2012, ils avaient demandé à l'émir, cheikh Sabah al-Ahmad Al-Sabah, de ne pas amender la loi électorale et mis en garde contre le risque de violences dans la rue.

Ces propos ont été considérés par la justice comme une critique contre le souverain, ce qui est punissable par la loi.

Des milliers de Koweïtiens ont manifesté mardi pour dénoncer ces condamnations, scandant des slogans hostiles au gouvernement.

Lors du rassemblement, le chef de la tribu bédouine des Awazem, la plus grande du Koweït, Falah ben Jame, a mis en garde contre une détérioration de la situation comme en Egypte, au Yémen ou en Tunisie, où les chefs d'Etat ont été contraints de quitter le pouvoir à la suite des révoltes du Printemps arabe.

Un chef de l'opposition, Mussallam al-Barrak, poursuivi par la justice pour les mêmes raisons que les ex-élus condamnés, a affirmé devant la foule que l'opposition organiserait des manifestations tous les jours à travers l'émirat.

Il a appelé l'opposition à s'unir, précisant qu'une réunion aurait lieu mercredi pour organiser la contestation.

"C'est un verdict politique", a-t-il réagi. "Ils ont violé la Constitution, manipulé la loi électorale et veulent maintenant nous terroriser mais nous n'allons pas céder et n'allons pas nous taire".

Un ex-député islamiste, Khaled al-Sultane, a averti que "la politisation de la justice" pouvait provoquer des réactions violentes dans la rue et a tenu le gouvernement responsable des conséquences du jugement.

Le directeur de l'Association koweïtienne des droits de l'Homme Mohammad al-Humaidi a, lui, estimé que les propos des parlementaires étaient des "conseils et non des critiques".

Le ministère de l'Information a en revanche défendu le jugement affirmant que le procès s'était déroulé de "manière transparente devant une justice indépendante".

Les trois hommes avaient été arrêtés pendant six jours avant d'être libérés contre une caution de 17.850 dollars pour chacun.

La loi électorale a été en fin de compte amendée malgré l'hostilité de l'opposition qui a boycotté les élections de décembre et organise régulièrement des manifestations pour contester le Parlement issu de ce scrutin.

Le riche émirat pétrolier, première monarchie du Golfe à s'être dotée d'un Parlement élu en 1962, est secoué par des crises politiques à répétition. Il a connu depuis la mi-2006 dix gouvernements et six dissolutions du Parlement.

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