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05/02/2013 05:54 EST | Actualisé 07/04/2013 05:12 EDT

Tawakkol Karman, prix Nobel, redoute un échec de la transition au Yémen

La Yéménite Tawakkol Karman, prix Nobel de la Paix, a mis en garde contre l'effondrement du processus de transition politique dans son pays et réclamé l'interdiction de politique de l'ex-président Ali Abdallah Saleh en raison de sa capacité de nuisance.

Dans un entretien avec l'AFP à Sanaa, l'activiste, qui a milité pour le départ de M. Saleh, s'est également indignée de l'incapacité de son successeur, le président Abd Rabbo Mansour Hadi, à imposer une restructuration de l'armée et faire démarrer le dialogue national.

"Je mets en garde la communauté internationale et les parrains de l'accord (qui a permis le départ de M. Saleh) contre l'effondrement du processus politique", avertit Mme Karman pour qui l'ex-président continue de tirer les ficelles du jeu politique.

"Le principal obstacle est le fait que Saleh garde la présidence du (parti) du Congrès populaire et qu'il utilise de l'argent pour détruire le Yémen et se venger" de ceux qui l'ont poussé à quitter le pouvoir en février 2012, dit-elle.

M. Saleh doit être interdit de politique selon cette militante venue de l'islamisme mais dont les positions ont évolué pour épouser des vues plus libérales. "Le dialogue national ne peut pas aboutir tant qu'il restera à la tête de son parti".

Le Yémen est le seul des pays du Printemps arabe où un soulèvement populaire en 2011 a abouti à un départ négocié du président contesté, en vertu d'un accord parrainé par les monarchies arabes du Golfe.

Mais M. Saleh a gardé la présidence de son parti et certains vont même jusqu'à l'accuser d'être responsable de troubles qui continuent d'agiter le pays à forte structure tribale et le plus pauvre de la péninsule arabique.

L'istabilité pèse sur le climat politique dans un pays secoué par une rébellion chiite, les attentats et les attaques d'Al-Qaïda et la revendication autonomiste dans le sud qui prend souvent des formes violentes.

Le dialogue national est destiné à sortir le pays de la crise mais la participation des autonomistes sudistes reste incertaine.

"Le nouveau président a perdu le contrôle de la totalité du pays et ne règne que sur les deux kilomètres entourant son palais" à Sanaa, soutient Mme Karman. "Ses décisions de restructurer l'armée sont restées lettre morte".

M. Hadi n'arrive pas à imposer son autorité aux hauts gradés dont des proches de l'ex-président et à faire adhérer à son projet un rival de ce dernier, le général Ali Mohsen al-Ahmar.

"Le dialogue national n'a aucune chance de réussir sans restructuration de l'armée et des forces de sécurité", souligne cette femme voilée, quasi-inconnue du monde et à laquelle le prix Nobel en 2011 a donné une notoriété tant à l'intérieur comme à l'extérieur du pays.

"Le fait que Saleh ait le droit de nommer les représentants de son parti au dialogue national (...) est un véritable défi à la classe politique", dit-elle.

Mme Karman redoute que ces personnes ne sabotent le dialogue car "elles refusent le changement".

"Les autres problématiques concernent la participation des femmes et des jeunes", qui ont animé la révolte populaire et payé le prix fort de la répression sanglante, selon elle.

Mme Karman dit douter que ces deux catégories en plus de la société civile soient représentés au dialogue soutenu par l'ONU qui a envoyé à Sanaa fin janvier une délégation du Conseil de sécurité pour marquer son appui à ce processus.

"Nous reprendrons les protestations en cas de dérive du pays", avertit cette militante qui a campé dans sa tente au coeur de Sanaa pendant des mois au milieu de milliers de protestataires réclamant le départ de M. Saleh.

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