DIVERTISSEMENT
04/02/2013 07:54 EST | Actualisé 06/04/2013 05:12 EDT

1 Moment!: Paul Kunigis sort un nouvel album, six ans après le très apprécié Exodus

Tim Georgeson

MONTRÉAL - Six ans après le très apprécié Exodus, disque réalisé par Carl Bastien, le chanteur et musicien Paul Kunigis revient à l'avant-scène avec ses amours métissés et ses histoires de temps qui passe. Rencontre avec le sympathique cinquantenaire qui se raconte 1 Moment !.

Lorsqu'on lui à proposé de quitter temporairement « la musique pour grande personne » afin de composer l'abécédaire Wapiti! (publié en 2009 sous l'étiquette La Montagne secrète) écrit par Christiane Duchesne, il ne connaissait pas l'ampleur du travail qui l'attendait.

«Composer la musique pour 26 chansons, c'est beaucoup de travail. Cette période a pris près de trois ans. J'ai collaboré avec de grands chanteurs comme Karen Young (version anglophone W is for Wapiti).Ce projet m'a fait visiter La France, le Maroc, l'Israël ou encore la Pologne, mon pays natal. En plus, j'ai pu prendre du recul, jongler avec de nouvelles idées. C'est un choix que je ne regrette pas du tout, bien au contraire. Je me suis régalé. J'ai entre autres exploré beaucoup l'univers pop. Ça m'a donné envie d'aller ailleurs dans cette musique du monde que je fais», explique le chaleureux Paul Kunigis, dans un petit restaurant polonais du quartier Mile-End, à Montréal.

Et cette fameuse musique du monde, qui peut s'exprimer sous tant de formes, puise-t-elle dans le folklore polonais ?

«Ce que je fais n'est pas du folklore. Même pour les Polonais, où je suis retourné faire des spectacles, je suis musique du monde. En fait, pour eux, je suis une énigme. Mon inspiration vient en partie de l'Europe de l'Est, mais mon son est trop métissé, inspiré de l'Occident : le jazz, le blues, le country, les influences manouches, bien des styles ont été empruntés à d'autres pays au fil du temps».

«Je dirais que c'est une musique qui sent le recul, précise Paul Kunigis. Elle renferme un peu de mon enfance en Israël (il a grandi à Jaffa dès l'âge de trois ans, après avoir quitté la Pologne pour des raisons de sécurité familiale) et beaucoup de ma vie en Amérique, depuis mon immigration au Canada. Je ne sais pas pourquoi, j'ai décidé de tout garder de l'héritage polonais de mon père. C'est peut-être cette couleur que l'on sent dans mes arrangements et mes textes [...] C'est une suite naturelle de mon existence que de chanter français, anglais, hébreux et polonais. J'aime ce mélange des cultures. C'est moi.»

Doucement, la fête

Comparativement à la musique complexe et atmosphérique de Exodus (2006), il a décidé cette fois-ci de faire autrement: «Je voulais un peu revenir à ce que je faisais à l'époque avec mon groupe Jeszcze Raz : plus classique, avec des arrangements blues, jazz simple, tout ça dans un esprit assez festif. J'avais le goût de dire aux gens d'en profiter. C'est important de saisir le temps (pensons à C'est si nice et à la chanson-titre de l'album), de savourer le moment et les gens autour de soi. Il faut respirer par le nez !»

«Même si en vieillissant, on a tendance à tomber plus facilement dans le cynisme (la pièce Hamdililah s'inspire du conflit israélo-palestinien), il faut regarder de l'avant et continuer de rêver. Je pense que les histoires tristes peuvent être racontées avec le sourire, un peu comme le font les Bédouins [...] Dans Love Is Close (dernier morceau de l'album), j'avais besoin de terminer sur une note positive, de dire que la paix est bonne et possible.»

De toute évidence, Paul Kunigis est un auteur qui aime raconter. «On ne vieillit pas, on grandit », a-t-il écrit quelque part. Lui, il a grandi auprès d'une mère catholique et d'un père militaire juif polonais hautement décoré. Il raconte avec aise sa jeunesse à l'école française à Jaffa en Israël tout comme l'étrangeté de la guerre de 1967. Il se souvient toujours très bien de son arrivée au Québec, de son premier band Akoustic Blue Note ou de la création « accidentelle» de sa seconde formation Jeszcze Raz.

« J'aime raconter », se plait-il à souligner.

Ni classique, ni blues, ni hot jazz, ni tzigane, ni manouche, ni klezmer, ni gospel, ni pop, le monde musical de 1 Moment! est pourtant tout ça à la fois. On ajoute quelques bonnes lignes de groove, de jolies mélodies et des arrangements bien foutus (dans l'ensemble), voilà un album qui fait du bien.

Réalisé par son complice François Lalonde (celui-ci a également enregistré l'opus Balagane) l'album 1 Moment ! sera en magasin dès le 5 février.