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01/02/2013 09:58 EST | Actualisé 03/04/2013 05:12 EDT

Un an après le pire drame du foot égyptien, Port-Saïd défile en colère

Plusieurs milliers d'Egyptiens ont défilé vendredi à Port-Saïd (nord-est), mêlant hostilité au pouvoir islamiste et colère après la condamnation à mort de supporteurs du club local inculpés dans le pire drame du football du pays survenu il y a un an jour pour jour.

"Le peuple de Port-Saïd veut son indépendance!", clame la foule en passant devant le siège du gouvernorat de la ville dans une atmosphère tendue, traduisant le ressentiment contre le pouvoir central au Caire.

"Nous payons le prix d'un crime que nous n'avons pas commis. Toute l'Egypte veut se venger sur notre ville", assure un manifestant de 28 ans, Ali Mabrouk, qui tient une agence de location de voitures.

Le 1er février 2012, cette cité portuaire d'ordinaire paisible, à l'entrée du nord du canal de Suez, a été le théâtre de heurts sanglants à l'issue d'un match de l'équipe locale, al-Masry, contre un club du Caire, al-Ahly, faisant au total 74 morts.

La condamnation à la peine capitale samedi dernier de 21 supporteurs du club port-saïdien pour cette tragédie a déclenché une flambée de violences dans la ville, provoquant la mort d'une quarantaine de personnes.

La ville en ébullition est aujourd'hui placée sous état d'urgence. Ses bâtiments publics et les installations stratégiques du canal sont depuis une semaine sous la protection de l'armée.

Personne ici ne croit à la responsabilité exclusive des supporteurs du club de la ville, et le nombre exceptionnel des condamnations à mort puis des victimes des affrontements récents alimente la colère.

"Un an après, Port-Saïd connaît un nouveau massacre", s'indigne Ahmed El-Sayyed, un chômeur de 23 ans venu manifester sous une pluie battante.

Beaucoup d'Egyptiens sont convaincus que les violences de l'an dernier à Port-Saïd ont été orchestrées par la police ou par des partisans du président déchu Hosni Moubarak.

Les habitants de la ville ont de surcroît le sentiment d'être des boucs émissaires, et soupçonnent le pouvoir et la justice d'avoir lourdement condamné des supporteurs locaux afin d'éviter la colère des "Ultras", les fans du club al-Ahly du Caire.

Ces derniers assurent que la grande majorité des tués de l'an dernier venait de leurs rangs. Ils avaient menacé de semer le chaos dans la capitale et ailleurs dans le pays si le jugement de leurs rivaux s'avérait à leurs yeux trop clément.

A Port-Saïd, le ressentiment a aussi pris une tournure politique et contribue à la rancoeur contre le président islamiste Mohamed Morsi, visé par de nombreuses manifestations de l'opposition à travers le pays depuis une semaine.

Même si ce dernier n'était pas au pouvoir lors du drame de l'an dernier, la population de Port-Saïd le met en cause pour le jugement rendu samedi et les affrontements qui ont suivi.

"Le ministère de Intérieur nous tue, et Morsi félicite ce ministère" proclame une banderole près d'une mosquée du centre-ville.

"Je ne voterai plus jamais pour Morsi", affirme Ali El-Sayyed, un employé de 57 ans.

D'autres banderoles mettent dans le même sac les Frères musulmans, dont est issu M. Morsi, et le club cairote adverse. "Nous ne devons faire confiance ni aux Frères, ni à Al-Ahly", est-il écrit sur l'une d'elles.

L'état d'urgence décrété depuis dimanche soir par M. Morsi dans les villes du canal de Suez est lui aussi conspué. "Le couvre-feu, on s'en fiche", peut-on lire sur une pancarte.

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