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01/02/2013 02:01 EST | Actualisé 03/04/2013 05:12 EDT

Tunisie: des femmes ex-détenues sortent du silence pour réclamer justice

Emprisonnées, torturées ou violées dans les geôles de l'ancien régime, des femmes tunisiennes sont sorties de leur silence vendredi pour réclamer justice, plus de deux ans après la révolution.

Réunies à l'initiative d'ONG et du ministère de la Femme et de l'enfance, elles ont raconté leur calvaire et écouté des témoignages filmés inédits de plusieurs de leurs semblables dans leurs régions, loin de la capitale.

"Il est insupportable de se taire ou d'attendre plus longtemps la justice transitionnelle pour ces femmes, victimes silencieuses, qui deux ans après la révolution continuent de croiser leurs bourreaux en liberté", a résumé Sihem Badi, ministre de la Femme et de l'enfance.

Une liste affichait pour la première fois publiquement les noms de centaines d'ex-détenues politiques --certaines décédées--, à l'initiative de son ministère et de trois ONG.

"Nous avons 460 dossiers prêts à être instruits et nous allons aider ces femmes à se pourvoir en justice pour que leurs droits soient reconnus et pour qu'elles puissent se rencontrer", a déclaré Mme Badi à l'AFP.

"Des mineures de 15 ans, des femmes de 50 ans ont été emprisonnées, torturées ou violées sur les lieux de détention après avoir été jugées pour complot contre la sûreté de l'Etat, pour avoir mis le foulard islamique, pour avoir eu un père ou un frère opposant, pour avoir nourri une voisine dans le besoin", a témoigné l'avocate Saida Akremi.

"Le tabou s'estompe, c'est un tout premier pas vers la réhabilitation", a espéré Mme Badi qui soutiendra des actions en justice, le dédommagement des victimes et la création d'un centre de réhabilitation pour les femmes.

"Il faut mettre en oeuvre, sans plus tarder, l'amnistie", décrétée dans la foulée de la révolution qui mit fin le 14 janvier 2011 au règne de Zine El Abidine Ben Ali, a-t-elle affirmé.

La mise en oeuvre du premier décret loi post-révolution a rassemblé vendredi un millier de personnes sur la place de la Kasbah, près du siège du gouvernement, où des dizaines d'anciens détenus politiques campent depuis deux semaines dans un "sit-in de la résistance pour activer l'amnistie".

La plupart des ex-prisonniers sont issus du courant islamiste, parmi les femmes une dizaine seulement appartiennent à la mouvance de gauche.

Bsh/feb