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01/02/2013 07:34 EST | Actualisé 03/04/2013 05:12 EDT

Sous pression, l'opposition syrienne consent une ouverture

L'opposition syrienne a pour la première fois accepté l'idée d'un dialogue avec le régime, tout en exigeant qu'il aboutisse à un départ de Bachar al-Assad, la veille d'une réunion russo-américaine de haut niveau sur le conflit.

La Russie, une des rares puissances à soutenir le régime de Damas, et les Etats-Unis, qui appuient l'opposition, soumettent depuis des semaines leurs alliés respectifs à d'intenses pressions pour les pousser vers une solution politique à la guerre civile qui ravage la Syrie depuis près de deux ans.

L'opposition a jusqu'à présent refusé catégoriquement toute négociation avant le départ du président syrien mais jeudi, au Caire, la Coalition a nuancé sa position en acceptant l'idée d'un dialogue, tout en précisant qu'il devrait nécessairement porter sur la fin du régime.

Cette déclaration intervient après l'annonce surprise du chef de l'opposition, Ahmed Moaz al-Khatib, qui a affirmé être prêt "en signe de bonne volonté" à des "discussions directes avec des représentants du régime" en dehors de la Syrie.

D'après les analystes, l'opposition ne peut abandonner sa revendication d'un départ du régime qu'elle martèle depuis deux ans sous peine de voir la rue se retourner contre elle, mais elle se rend compte que la guerre ne peut se terminer que par un règlement politique.

"M. Khatib semble avoir pris acte du fait que la solution militaire est à ce stade illusoire", explique Karim Bitar, directeur de recherches à l'Intitut de recherches internationales et stratégiques (IRIS).

Les pressions proviennent de la communauté internationale mais sont également motivées par l'enlisement du conflit.

Avec l'absence de victoires déterminantes d'un côté ou de l'autre, plus de 60.000 morts selon l'ONU, 700.000 réfugiés et une catastrophe humanitaire, le pragmatisme semble prendre le dessus, même parmi les militants.

"Aujourd'hui, toute initiative qui allègerait les souffrances du peuple est la bienvenue, après tous les espoirs déçus", affirme sur sa page Facebook Abou Hicham, un militant d'Alep.

"Quand va-t-on arrêter d'être inflexible? Quand va-t-on cesser de répéter des slogans vides?", demande-t-il, en référence aux partisans de la solution militaire.

Un militant à Damas, Matar Ismaïl, affirme être favorable à la poursuite de la "guerre de libération" contre le régime, tout en affirmant comprendre les motivations de M. Khatib, "soucieux d'arrêter les violences et les destructions".

Par ailleurs, le chef de l'opposition "est indéniablement influencé par le discours international dominant" qui refuse toute aide militaire à l'opposition et pousse vers une solution diplomatique, estime Thomas Pierret, maître de conférences à l'Université d'Edimbourg en Ecosse.

La Syrie sera l'un des principaux dossiers à la conférence sur la sécurité qui réunit ce week-end à Munich, en Allemagne, responsables et experts, et durant laquelle le vice-président américain Joe Biden rencontrera le chef de la diplomatie russe Sergei Lavrov, le médiateur international Lakhdar Brahimi et M. Khatib.

Un porte-parole de l'opposition croit savoir qu'une solution "prend forme", sans entrer dans les détails.

"Seul un accord américano-russe peut permettre un déblocage de la situation", selon M. Bitar.

Les analystes restent cependant sceptiques quant au succès d'éventuelles négociations, aucune des deux parties ne reconnaissant la légitimité de l'autre. "Pour Assad, les opposants ne sont que des "pantins de l'étranger", et pour l'opposition, Assad est un boucher sanguinaire", explique M. Bitar.

Toutefois, lors de son dernier discours public début janvier, le président syrien avait appelé au dialogue, assurant ne pas avoir trouvé jusqu'alors de partenaires.

En se disant prêt à dialoguer, le chef de l'opposition montre de son côté "une certaine ouverture" qui lui permet "de faire assumer au régime la responsabilité de l'absence de négociations", estime M. Bitar.

Car "en demandant comme condition préalable la libération de 160.000 prisonniers, il place la barre très haut et se doute bien que le régime refusera", signale l'expert.

bur-ram/vl