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01/02/2013 12:36 EST | Actualisé 03/04/2013 05:12 EDT

Manifestations antiMorsi en Egypte, accrochages devant la présidence

Les forces de l'ordre ont tenté vendredi de disperser par la force des manifestants lançant des cocktails molotov près du palais présidentiel au Caire, lors d'une nouvelle journée de protestations à travers le pays contre le président islamiste Mohamed Morsi.

Les heurts ont éclaté malgré l'engagement jeudi de l'ensemble de la classe politique à empêcher la violence, après des affrontements qui ont fait 56 morts en une semaine dans le pays divisé entre opposants et partisans de M. Morsi, premier président civil et islamiste d'Egypte.

Les protestataires, rassemblés à l'appel de l'opposition, ont lancé aussi des pierres contre les forces de sécurité qui ont fait usage à leur tour de canons à eau et de gaz lacrymogènes et ont tiré en l'air, selon un photographe de l'AFP.

Ils ont mis le feu à des pneus en criant "le peuple veut la chute du régime", reprenant le même slogan lancé il y a deux ans durant la révolte populaire qui a chassé du pouvoir le président Hosni Moubarak.

La police a dû, un moment se replier, à l'intérieur de l'enceinte du palais, devant l'avancée des manifestants, dont certains ont réussi à retirer des fils barbelés déployés autour du palais d'Héliopolis et ont tenté d'escalader l'un des portails, a indiqué l'agence officielle Mena.

Des membres de la Garde républicaine sont intervenus pour repousser les manifestants qui tiraient des feux d'artifice en direction du palais.

Le commandant de la Garde républicaine, cité par Mena, a exhorté les manifestants à s'abstenir de "tout acte de nature à porter atteinte à l'ordre public".

Dans une avenue jouxtant la place Tahrir au Caire, non loin des ambassades des Etats-Unis et de Grande-Bretagne, des heurts sporadiques ont opposé la police à des manifestants, selon des témoins. La police a tiré à la chevrotine, blessant deux manifestants qui ont été évacués par ambulance.

"Liberté !" "Morsi est illégitime", "Dégage !" a chanté la foule qui a envahi les principales artères de la capitale, en arborant des banderoles réclamant "justice" pour les dizaines de victimes de la dernière vague de violences meurtrières (24-29 janvier), qui avaient éclaté à la veille du 2e anniversaire du début du soulèvement contre Hosni Moubarak.

Des milliers d'autres manifestants ont défilé à Alexandrie sur la Méditerranée, et à Port-Saïd (nord-est). C'est dans cette ville où les heurts le 26 janvier avaient été les plus sanglants avec la mort de 40 personnes après la condamnation à mort de 21 supporteurs du club de football local pour un massacre survenu dans un stade il y a un an jour pour jour.

Le Front du salut national (FSN), la principale coalition de l'opposition qui a appelé aux manifestations, réclame la fin de la "monopolisation" du pouvoir par les Frères musulmans dont est issu M. Morsi, avec la mise en place d'un gouvernement de salut national, une révision de la Constitution ou encore le départ du procureur général nommé par le président.

"Sans la satisfaction de ces revendications, aucun dialogue politique ne sera fructueux", affirme le FSN dans un communiqué.

Dans un document signé au terme d'une réunion sous l'égide de l'institution sunnite Al-Azhar, les participants ont dénoncé "toute incitation à la violence" et souligné "la responsabilité de l'Etat et de son appareil sécuritaire" en matière de protection des citoyens.

L'un des ténors de l'opposition, l'ancien chef de la Ligue arabe Amr Moussa, a plaidé pour des manifestations "pacifiques".

Malgré les promesses d'apaisement de la classe politique, une partie de la presse était sceptique sur les chances d'amorcer un véritable dialogue susceptible de réconcilier un pays profondément divisé.

Les partisans de M. Morsi, élu en juin, font valoir qu'il est arrivé au pouvoir démocratiquement et qu'il est le premier civil à occuper cette fonction.

L'opposition l'accuse ainsi que les Frères musulmans de privilégier leur idéologie islamiste au détriment de l'intérêt général.

M. Morsi est également accusé d'échouer à faire face à la grave crise économique que traverse le pays.

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