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01/02/2013 06:52 EST | Actualisé 03/04/2013 05:12 EDT

Soirée des Jutra: des nominés heureux... malgré la crise

Métropole Films Distribution

L'ambiance était à la fête, à l'Auberge Saint-Gabriel, jeudi matin, alors qu'on dévoilait les nominations en vue de la 15e Soirée des Jutra, qui se tiendra le 17 mars prochain. Tous les artistes présents se réjouissaient de voir leur travail ainsi salué par leurs pairs.

Or, certains n'ont pu s'empêcher d'exprimer leurs inquiétudes lorsqu'interrogés sur l'état de santé actuel de l'industrie du septième art d'ici. Oui, le cinéma québécois est bel et bien en crise, n'ont pas hésité à clamer quelques-uns. Et ce, même si des productions de grande qualité ont pris l'affiche au cours des derniers mois.

Le réalisateur Rafaël Ouellet, dont le long-métrage Camion pourrait faire bonne figure au gala avec ses sept mentions, a apporté son point de vue, très nuancé, sur la question.

«Il y a effectivement une crise, a-t-il simplement laissé tomber. Ce qui est dommage, c'est que, présentement, on n'arrive pas à trouver des alliés. Ceux qui parlent de cette crise en se concentrant uniquement sur les chiffres font fausse route. Et ceux qui disent qu'il n'y a pas de problème parce que nos films sont bons et qu'ils sont sélectionnés à Berlin et aux Oscars font aussi fausse route. Il faudrait se rencontrer au milieu, je pense. Oui, les films sont bons, mais non, ils ne rencontrent pas leur public.»

«Est-ce qu'on doit faire les films différemment? Je ne pense pas, a ensuite réfléchi à voix haute le cinéaste. Je crois qu'il faut mieux les mettre en marché et que les exploitants de salles y croient davantage. Il faut que les producteurs aient plus de moyens, que les distributeurs prennent plus de risques... Parfois, sortir un long-métrage sur 75 écrans, c'est beaucoup trop. Mais le sortir sur 5 écrans, ce n'est pas assez non plus. Je ne pense donc pas que le questionnement se trouve dans la qualité des films.»

Crise sociale

Sébastien Ricard, lui, s'est montré catégorique. Le chanteur et comédien, nommé à titre de Meilleur acteur de soutien pour Avant que mon cœur bascule, de Sébastien Rose, a martelé que ce sont non seulement nos œuvres artistiques qui souffrent d'un support général chancelant, mais aussi la Belle Province dans son entièreté.

«Il y a une crise, en ce moment, au Québec, qui est globale, a-t-il indiqué. Le printemps québécois, à mon sens, a bien représenté ça. Je pense que c'est une erreur de parler uniquement de crise du cinéma. La chanson vit aussi une crise. C'est évident qu'il va falloir qu'on réfléchisse, mais pas de manière sectorielle. Il faut avoir des réflexions beaucoup plus profondes sur l'écart qui est en train de se creuser entre les représentants du Québec et la population elle-même.»

Ricard y est ensuite allé d'un exemple concret pour illustrer ses dires.

«Si on regarde ce qui s'est passé à Gaspé avec Pétrolia, ces derniers jours... Sans prendre parti pour un côté ou l'autre, je ne fais que remarquer ce qui est évident. C'est une ville qui a décidé de ne pas attendre que le gouvernement du Québec intervienne et a décidé de légiférer sur son domaine. Il y a là une volonté nouvelle qui s'exprime, encore une fois dans la foulée de ce qui s'est passé au printemps dernier, et de ce qui est arrivé précédemment dans la mobilisation contre les gaz de schiste. Il y a vraiment une volonté populaire d'avoir une synchronicité plus grande entre ce qu'on pense et ce que nos représentants pensent.»

Nominations appréciées

Ces considérations émises, les deux hommes se sont laissé aller à leur joie d'avoir été retenus par le jury des Jutra.

«Je suis flatté et honoré, a lancé Sébastien Ricard avec sincérité. Je suis tellement content! Au cinéma, on m'a surtout associé au film sur Les Colocs, et là, on parle d'un personnage qui est à mille lieux de celui de Dédé Fortin. Je suis heureux de voir que les gens peuvent apprécier un acteur dans un autre registre.»

«Je suis aussi fier pour Avant que mon cœur bascule et pour Sébastien Rose. Le film a été trop peu vu au Québec. Avec ma nomination et celle de Sophie (Lorain, en nomination comme Meilleure actrice de soutien), et la reconnaissance internationale, j'espère qu'il pourra être projeté à nouveau en salles et être apprécié par un plus grand nombre de gens.»

Quant à Rafaël Ouellet, son premier effort commercial lui a valu d'être cité parmi les finalistes dans la catégorie Meilleure réalisation. Camion pourrait aussi repartir avec les statuettes du Meilleur acteur (Julien Poulin), de la Meilleure direction photographique, du Meilleur montage, de la Meilleure musique originale, du Meilleur scénario et du Meilleur film. Ouellet s'est dit satisfait que les membres de son équipe soient aussi placés sous les projecteurs.

«Depuis sept ou huit ans, je fais mes films dans l'anonymat, a expliqué ce dernier. C'est agréable de faire enfin partie de la garde. On sait que le comité qui met les films en nomination est composé de gens de l'industrie, qui s'y connaissent et qui partagent cette passion. Et, pour moi, ça signifie aussi, peut-être, un nouveau souffle pour Camion, pour qu'il soit vu et qu'on en fasse de nouveau la promotion. Le film est sorti sur DVD un peu avant Noël et, déjà, il est sur les tablettes du bas dans les magasins et les clubs vidéo. Si ça peut le faire remonter de quelques tablettes, tant mieux. J'ai passé une belle année 2012 grâce à Camion, et je voudrais qu'il continue d'être vu. Ceci dit, je ne m'attends pas à gagner, le soir des Jutra.»

La 15e cérémonie des Jutra sera présentée à la télévision de Radio-Canada en direct de la salle Pierre-Mercure du Centre Pierre-Péladeau, le 17 mars prochain, à compter de 19h30. Elle sera animée par Rémy Girard, et Michel Côté y recevra le prix Jutra-Hommage.

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