POLITIQUE
31/01/2013 10:06 EST | Actualisé 02/04/2013 05:12 EDT

Les coupes en recherche auront des impacts à long terme, reconnaît Réjean Hébert (VIDÉO)

ESTÉREL, Qc - Les compressions de 10 millions $ imposées au secteur de la recherche en santé auront des impacts «à long terme» sur la santé des citoyens, mais pas sur les soins à court et moyen terme, a soutenu jeudi le ministre de la Santé.

«Ça a un impact à long terme sur la santé des gens. À court terme, évidemment, on n'utilise pas des fonds de recherche pour donner des soins aux patients, je tiens à vous rassurer là-dessus, que les soins aux patients ne seront pas pour l'instant affectés par les coupures», a lancé le ministre Réjean Hébert en marge du caucus péquiste qui se tient jeudi et vendredi à l'Estérel, dans la région des Laurentides.

«Je pense qu'on dramatise un peu», a ajouté plus tard le ministre, rappelant qu'une nouvelle politique nationale en matière de recherche et d'innovation était dans les cartons du gouvernement péquiste.

M. Hébert a cependant refusé de s'étendre davantage sur le sujet, faisant valoir qu'il s'agissait là d'un dossier relevant de son collègue Pierre Duchesne, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

À Rimouski, où il prend part à la quatrième et dernière rencontre préparatoire au Sommet sur l'enseignement supérieur, M. Duchesne a pour sa part invité les chercheurs à la patience et à la retenue dans l'expression de leur inquiétude.

«C'est la fin d'une stratégie qui avait été préparée par le précédent gouvernement et qui débloquait sur trois ans des montants, et ce sera le début d'une autre», a-t-il dit à propos du financement de la recherche par le gouvernement.

«Nous allons mettre en place une politique nationale d'innovation à l'automne. Alors il y a une période de flottement et ça crée de l'inquiétude, mais on est en train de mettre sur pied cette politique», a-t-il ajouté.

Le ministre Duchesne n'a toutefois pas apprécié que des chercheurs du secteur de la santé s'adjoignent des personnes souffrant du cancer dans leur campagne pour faire pression sur le gouvernement.

Il a demandé à ceux qui «organisent ce type de campagne d'être responsables, d'avoir de bonnes valeurs éthiques, parce que utiliser des gens qui sont dans des positions vulnérables, des gens malades, je trouve ça un petit peu particulier».

Une offensive a été lancée mercredi par le Fonds de recherche du Québec -Santé (FRQS) afin de dénoncer les coupes annoncées par Québec le 7 décembre dernier. Selon les chercheurs, ces coupes pourraient se traduire par une réduction de 85 pour cent des bourses destinées aux étudiants des cycles supérieurs, ou par une réduction de moitié des bourses de carrière des chercheurs, ou encore par une diminution de 30 pour cent des fonds accordés aux centres de recherche.

Et contrairement à ce que laisse entendre le ministre de la Santé, les conséquences de ces compressions ne tarderont pas à se faire ressentir, selon le docteur Jacques Turgeon, directeur du Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal, l'un des chercheurs qui sont montés au créneau.

«Ça a des impacts immédiats, a-t-il dit en entrevue à La Presse Canadienne. Ce qu'on demande, c'est de ne pas arrêter les financements actuels, qu'on revoie les processus. On a plein d'idées à lui présenter.»

Dans son programme adopté en 2011, le Parti québécois s'était donné pour objectif de «hisser le Québec au niveau des cinq premiers pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) (Suède, Finlande, Japon, Corée, États-Unis) en visant une cible de trois pour cent du PIB consacré aux investissements publics et privés en recherche et développement».

Il ne s'agit pas pour autant d'un nouveau recul du gouvernement Marois, s'est défendu le ministre.

«C'est un engagement. On a quatre ans, c'est un mandat de gouvernement, alors nous allons le faire. Pour l'instant, il y a des priorités cette année qui nous ont amenés à faire des choix difficiles, et je pense que les choix de M. Duchesne se justifient», a lancé M. Hébert.

Lui-même ancien chercheur, le ministre a dit comprendre que ses ex-collègues aient fait état de leurs préoccupations. Le député de Saint-François a néanmoins signalé que ces mesures d'austérité s'inscrivaient dans un vaste effort mis en oeuvre par le gouvernement du Parti québécois afin d'atteindre le déficit zéro à la fin de l'exercice financier 2013-2014.

«Ils peuvent être inquiets, moi je pense que comme gouvernement, on a à répondre à la population. Nous avions promis à la population d'atteindre le déficit zéro. C'est ce que nous faisons.»

Le porte-parole de l'opposition officielle en matière de Recherche et d'innovation, Pierre Reid, a déclaré mercredi par voie de communiqué qu'il ne comprenait pas «la logique du gouvernement Marois et son obstination à vouloir détruire les secteurs d'excellence et l'économie au Québec».

Au dire du président du Conseil du Trésor, le blâme devrait plutôt être adressé aux libéraux. «Ça fait quoi, cinq mois qu'on est là? Le Parti libéral n'avait, comme par hasard, pas prévu de somme pour la suite des choses au niveau de la recherche», a avancé Stéphane Bédard.

Et il a assuré que sa porte, tout comme celle de son collègue Pierre Duchesne, était ouverte aux chercheurs. Reste qu'à court et moyen termes, tout le monde devra se serrer la ceinture, et ce, dans l'ensemble des secteurs, a prévenu M. Bédard.

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