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29/01/2013 07:12 EST | Actualisé 31/03/2013 05:12 EDT

Syrie: cri d'alarme de Lakhdar Brahimi, nouveau carnage à Alep

Le médiateur international en Syrie Lakhdar Brahimi a dénoncé mardi "l'horreur" de la guerre civile en Syrie et demandé au Conseil de sécurité de l'ONU d'agir d'urgence, peu après la découverte à Alep (nord) de quelque 80 corps de jeunes gens exécutés.

La révolte devenue guerre civile, qui a fait 60.000 morts depuis 22 mois, est en train de "détruire petit à petit" le pays, a déclaré M. Brahimi après avoir rendu compte de sa mission au Conseil de sécurité.

Ce dernier, malgré ses divisions, ne peut plus attendre pour "se colleter avec ce problème", a-t-il martelé, invitant les 15 pays à "exercer un peu plus de pression" sur les belligérants.

L'émissaire des Nations unies et de la Ligue arabe en Syrie a reconnu qu'il "n'avait pas fait beaucoup de progrès" mais a rejeté l'idée d'abandonner.

Estimant que le président syrien Bachar al-Assad avait perdu sa légitimité, il a suggéré que le Conseil "lève l'ambiguité" de la déclaration de Genève, qui prévoit un gouvernement de transition sans se prononcer sur le sort d'Assad. Pour M. Brahimi, ce gouvernement devrait avoir "tous les pouvoirs de l'Etat".

Les Occidentaux et l'opposition syrienne réclament le départ d'Assad alors que la Russie refuse de l'envisager a priori. Moscou et Pékin ont mis trois fois leur veto à des résolutions occidentales visant à faire pression sur Damas.

Selon des diplomates présents, M. Brahimi a peint devant le Conseil un tableau très noir d'un conflit qui a atteint "des niveaux d'horreur sans précédent" et risque de "contaminer" les pays voisins, où sont réfugiés des centaines de milliers de Syriens.

Sur le terrain, les violences n'ont connu aucun répit, avec la découverte notamment de dizaines de corps à Alep, la métropole du Nord en proie aux combats.

A l'école Yarmouk, où s'entassent les cadavres, un rebelle de l'Armée syrienne libre (ASL) Abou Seif a affirmé que 78 corps avaient été récupérés dans la rivière Qouweiq et qu'il en restait encore une trentaine que l'ASL ne peut pas récupérer en raison des tireurs embusqués du régime.

"Nous ne savons pas qui ils sont car ils n'ont pas de pièces d'identité", a déclaré un volontaire en aidant à mettre un corps dans un camion. Dans le véhicule, un correspondant de l'AFP a pu compter quinze cadavres.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui s'appuie sur des militants et des médecins, a fait état de "65 cadavres non identifiés retrouvés à Boustane al-Kasr", quartier tenu par les rebelles.

"Agés d'une vingtaine d'années, ils ont été exécutés d'une balle dans la tête. Vêtus en civil, la majorité ont les mains liées derrière le dos", a-t-il ajouté.

Le régime les a "jetés dans la rivière pour qu'ils arrivent dans la zone sous notre contrôle et que les gens croient que nous les avons tués", a affirmé Abou Seif.

Mais un responsable des services de sécurité a affirmé à l'AFP qu'il s'agissait de "citoyens de Boustane al-Kasr qui ont été enlevés par des groupes terroristes après avoir été accusés d'être en faveur du régime" et tués par ces groupes. Le régime assimile les rebelles à des "terroristes".

Rebelles et régime s'accusent mutuellement de massacres, mais il n'est pas possible de confirmer les informations de source indépendante.

Ailleurs dans le pays, les insurgés ont réussi une percée majeure à Deir Ezzor (est) en prenant un poste des renseignements politiques et deux ponts enjambant l'Euphrate, sur la route utilisée par l'armée pour approvisionner la cité de Hassaké, plus au nord, a précisé l'OSDH.

Les rebelles contrôlaient par ailleurs quasi-totalement la prison centrale d'Idleb (nord-ouest), selon l'ONG. Une source au sein des services de sécurité a confirmé que les soldats avaient évacué lundi soir la prison et les détenus ont été transférés dans des sièges des services de sécurité dans la ville.

A Damas, un député a été grièvement blessé par l'explosion d'une bombe fixée à sa voiture, selon l'OSDH.

Selon un bilan provisoire de l'OSDH, les violences ont fait mardi 91 morts: 38 civils, dont six enfants, 30 soldats et 23 rebelles.

Une conférence de donateurs est prévue mercredi au Koweït pour débloquer des fonds en faveur des civils syriens. Des organismes de charité ont déjà promis 182 millions de dollars d'aide et les Etats-Unis ont annoncé une aide supplémentaire de 155 millions de dollars.

bur-avz/are