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29/01/2013 02:56 EST | Actualisé 30/03/2013 05:12 EDT

Lalonde donnait autant au PLQ qu'au PQ et à l'ADQ

Le président de Génius Conseil confirme avoir contribué aux différents partis politiques provinciaux. De retour devant la commission Charbonneau pour une quatrième journée, Michel Lalonde a affirmé que lui et ses associés ont donné tant au PQ qu'au PLQ et à l'ADQ, qu'ils soient au pouvoir ou dans l'opposition, dans une optique de « développer ses affaires ».

M. Lalonde a répondu à ces questions dans le cadre de son témoignage portant sur ses contrats décrochés auprès du ministère des Transports du Québec (MTQ).

M. Lalonde a bien pris soin de préciser que contribuer à un parti politique n'était pas gage d'obtention d'un contrat, comme c'était le cas à Montréal, dans certains de ses arrondissements et dans des municipalités.

L'ex-PDG de Génius Conseil dit qu'il était invité à participer à des activités de financement des partis par les organisateurs de ces événements dans différentes circonscriptions, sinon l'organisation du ministre pour qui avait lieu l'événement. M. Lalonde donnait de façon générale plus d'argent à un parti lorsqu'il était au pouvoir. On lui demandait, par exemple : « est-ce qu'on peut compter sur toi pour 3-4 billets? ». Lalonde a par ailleurs confirmé qu'il a déjà invité à ses frais des élus municipaux à des activités de financement au provincial.

Avant 2003, Michel Lalonde donnait davantage au PQ, et ses associés, au PLQ. Après la prise du pouvoir par le PLQ, en 2003, ce fut l'inverse.

Les dons ont été faits par lui, des membres de sa famille et des associés, des dirigeants et des cadres de Génius Conseil. C'est lui et ses associés qui décidaient qui faisait les chèques. Tous étaient remboursés par Génius et bénéficiaient incidemment du crédit d'impôt pour les contributions politiques. Or si les contributions, faites par chèque, sont légales, l'usage des prête-noms ne l'est pas.

L'avocate du Directeur général des élections du Québec n'a d'ailleurs pas manqué de préciser que : «des dons remboursés c'est illégal!»

États des contributions de Génius Conseil

Selon des données de l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec compilées par Radio-Canada, des donateurs liés à la firme Génius ont versé près de 160 000 $ au Parti libéral du Québec (PLQ), au Parti québécois (PQ) ainsi qu'à l'ADQ sur une période de 10 ans.

Entre 2001 et 2010, des administrateurs, des employés, leurs proches ou d'ex-employés de Génius ont versé environ 70 000 $ au PLQ, une somme équivalente au PQ, et 17 400 $ à l'ADQ.

Michel Lalonde ainsi que sa conjointe et un autre membre de la famille ont donné le quart des 160 000 $ versés aux partis politiques provinciaux.

En proportion du nombre d'employés de Génius au Québec, les donateurs liés à Génius ont ainsi versé un montant moyen largement supérieur à ceux liés aux principales firmes de génie-conseil.

Radio-Canada a déjà dévoilé que des donateurs liés aux cinq principales firmes de génie au Québec avaient versé plus de 5 millions de dollars en 10 ans.

Une partie en non-publication

La commission a accepté en ouverture d'ordonner une ordonnance de non-publication préventive sur une partie du témoignage de Michel Lalonde, à la demande du Directeur des poursuites criminelles et pénales. La requête concerne la partie de son témoignage portant sur les projets Fiche (Boisbriand) et Faufil (Faubourg Contrecoeur) et vise à protéger les intérêts des accusés.

Le procureur en chef adjoint, Me Denis Gallant, a annoncé par la suite que cette partie du témoignage de M. Lalonde aurait lieu à la toute fin, ce qui fera en sorte que, d'ici là, son témoignage continuera à être public. Un débat sur la pertinence de lever l'ordonnance de non-publication aura lieu par la suite.

Un système élaboré au municipal

Depuis qu'il a entrepris son témoignage, mercredi dernier, Michel Lalonde a expliqué comment la chaîne entrepreneurs-ingénieurs-partis politiques a manœuvré au cours des dernières années pour voler les contribuables.

Il soutient en somme que les firmes de génie sont sollicitées pour du financement politique par des partis municipaux, et qu'elles doivent y répondre pour espérer obtenir des contrats.

Pour les contrats de la Ville de Montréal, a dit Michel Lalonde, les firmes de génie ont longtemps empoché 25 % des faux extras réclamés par les entrepreneurs en construction. C'est cet argent qui sert à renflouer les caisses électorales des partis politiques, affirme-t-il.

Ces faux extras font augmenter le coût des contrats publics d'environ 30 % à Montréal, a-t-il admis, de sorte que ce sont les contribuables qui paient  la facture.

Lundi, Michel Lalonde a aussi expliqué qu'il a versé de nombreuses contributions politiques illégales à des élus ou des maires des arrondissements de Montréal et des municipalités de la couronne Nord.

Un texte de François Messier et Bernard Leduc