NOUVELLES
29/01/2013 12:39 EST | Actualisé 31/03/2013 05:12 EDT

La Caisse de dépôt réitère sa confiance envers SNC-Lavalin et Rona

MONTRÉAL - La Caisse de dépôt et placement du Québec a réitéré mardi son appui à SNC-Lavalin, estimant que la firme d'ingénierie avait le potentiel de devenir un «vrai leader mondial» une fois qu'elle aura surmonté ses difficultés actuelles.

«Je sais maintenant que l'image de SNC est ternie à cause de ce qui est arrivé mais il ne faut pas perdre de vue la forêt en se concentrant sur les arbres», a expliqué le chef de la direction de la Caisse, Michael Sabia, à des journalistes lors d'une rencontre pour discuter de sa nouvelle stratégie visant à se protéger de la volatilité du marché.

«En tant qu'investisseur à long terme, nous sommes convaincus que nous allons livrer de la valeur à nos déposants et, en même temps, aider à bâtir un leader mondial légitime potentiel dans son secteur.»

Selon M. Sabia, la Caisse aurait sûrement vendu sa participation dans SNC si elle n'avait pas été convaincue de son potentiel de devenir une des quelques firmes québécoises ou canadiennes à pouvoir atteindre ce niveau de prestige.

Le nouveau chef de la direction de l'entreprise, Robert Card, commence à prendre des décisions pour réagir aux manquements éthiques de certains anciens employés. Ces manquements comprennent des paiements de millions de dollars à des agents non identifiés et des pots-de-vin présumés de 160 millions $ à la famille du dictateur libyen déchu Mouammar Kadhafi.

«Ce sont certainement de sérieuses difficultés. Nous sommes très concentrés là-dessus mais nous croyons qu'en tant qu'investisseur à long terme, c'est l'occasion pour la Caisse d'aider cette compagnie à construire un pont vers un avenir différent.»

Message clair au sujet de Rona

M. Sabia a dit voir les mêmes perspectives positives à long terme pour l'investissement de la Caisse dans le détaillant Rona (TSX:RON).

Il a indiqué que la Caisse avait décidé d'augmenter sa participation dans Rona bien avant le dépôt de l'offre d'achat hostile du concurrent américain Lowe's et qu'elle n'avait pas agi de la sorte après avoir reçu un appel des dirigeants politiques lui ordonnant de faire une telle opération.

«Ça n'a pas de sens», a-t-il dénoncé lors de la rencontre, depuis un bureau surplombant le centre-ville de Montréal.

«Nous avons commencé à prendre cette position parce que nous croyons que la société a un potentiel (...) et franchement, l'offre de Lowe's était tellement en deçà de ce que nous jugeons être le potentiel de création de valeur de cette entreprise que nous n'étions pas confortables par rapport à cette offre.»

La Caisse a fait passer sa participation dans Rona à 15 pour cent dans le but d'envoyer un message clair à l'effet que la compagnie ne pouvait pas être vendue à ce prix, a expliqué M. Sabia.

«Mais nous avons agi de la sorte après un travail d'analyse de cette entreprise, jusque dans ses moindres petits détails», a-t-il précisé.

De concert avec un autre actionnaire, Invesco, la Caisse a demandé que des changements soient apportés au conseil d'administration de Rona, notamment avec la nomination d'un président expérimenté.

La Caisse a l'intention de jouer un rôle plus actif dans ses investissements, lorsque cela sera approprié, particulièrement lorsqu'il s'agit de sociétés québécoises.

Elle voit dans le Groupe CGI (TSX:GIB.A) un exemple de situation dans laquelle elle n'a pas besoin d'intervenir parce que la gestion de la société des technologies de l'information est solide et ses perspectives sont brillantes.

Objectif: stabilité à long terme

L'intensification de son expertise interne pour évaluer le potentiel de secteurs et de sociétés individuelles fait partie de la stratégie de la Caisse d'augmenter ses investissements dans l'immobilier, les infrastructures et le capital-investissement, afin de générer des rendements stables à long terme.

Elle a récemment lancé un portefeuille de valeurs mondiales qui regroupera environ 10 pour cent de ses investissements dans environ deux ans.

Ce portefeuille comprend des investissements dans de grandes sociétés comme Nestlé et Heinz, évalués à «quelques centaines de millions de dollars».

La Caisse prévoit faire croître ce portefeuille jusqu'à environ 15 milliards $ d'ici la fin 2014, pour donner à ses déposants une meilleure exposition à des rendements stables.

Comme plusieurs grands investisseurs institutionnels, la Caisse doit composer avec les changements qui ont ralenti la croissance dans les pays occidentaux, l'impact de la croissance de la classe moyenne dans les pays en développement, la faiblesse des taux d'intérêt et la volatilité des marchés.

«Nous sommes rendus à une époque où les marchés ne sont plus une bonne indication de la valeur», a ajouté M. Sabia. «Nous croyons que cette volatilité durera pendant une bonne période de temps. Ce n'est pas un phénomène temporaire.»

L'institution prévoit ajouter 10 à 12 milliards $ en investissements moins liquides au cours des deux prochaines années, alors qu'elle tentera d'augmenter ses actifs en immobilier, en capital-investissement et en infrastructure à plus de 30 pour cent, contre 25 pour cent actuellement.

Le changement de stratégie du deuxième plus grand gestionnaire de fonds de régimes de retraite au pays vise à surpasser les performances des indices du marché à long terme, plutôt que de se concentrer sur la tendance croissante à obtenir des rendements à court terme.

«Bien franchement, notre objectif n'est pas d'être spectaculaire. Notre objectif est d'être stable, durable et capable de naviguer dans un monde volatil parce que nous sommes un investisseur à long terme.»

La Caisse s'est récemment alliée à la firme de capital-investissement américaine TPG pour investir 400 millions $ dans un immeuble à bureaux à Londres. Elle entend aussi se concentrer sur le secteur immobilier de Paris.

La Caisse de dépôt et placement du Québec gérait des actifs évalués à 159 milliards $ au 31 décembre 2011. Environ 37 pour cent de ses actifs sont investis dans des actions transigées en Bourse.