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29/01/2013 09:15 EST | Actualisé 31/03/2013 05:12 EDT

Israël: haute sécurité au match entre le Beitar Jérusalem et un club arabe

Le match de football entre le Beitar Jérusalem et l'équipe du Maccabi Oum el-Fahem, club d'une ville arabe du nord d'Israël, s'est déroulé mardi soir à Jérusalem sous très haute tension en raison des craintes de dérapages racistes.

La rencontre --un 32e de finale de la coupe d'Israël-- s'est déroulée dans une ambiance électrique, mais sans incident majeur, dans un stade Teddy Kollek plus qu'à moitié vide. Elle s'est terminée par la large victoire du Beitar (5-0) sur la modeste équipe de Galilée.

Au total 18 supporters du Beitar ont été expulsés de l'enceinte, un autre a été arrêté pour avoir agressé un policier et un dernier pour usage de drogue.

Du côté d'Oum el-Fahem, quatre fans ont été interpellés pour avoir brandi un drapeau palestinien. Un autre a été appréhendé pour agression contre un policier et quatre expulsés du stade, selon une porte-parole de la police.

Des centaines d'agents de police, y compris des membres d'unités spéciales anti-émeutes, avaient été déployés à l'intérieur et à l'extérieur du stade Teddy Kollek, le terrain du Beitar, pour éviter tout heurt, a constaté l'AFP.

Les supporters arabes étaient arrivés à bord de 25 autobus, portant le keffieh et chantant, pour certains, "Allah Akbar" (Dieu est grand) et des slogans palestiniens au rythme de tambours.

"L'atmosphère est très tendue j'espère, qu'avec l'aide de Dieu, que tout cela ne va pas dégénérer. Dès le début du match les supporters du Beitar nous ont injuriés", a déclaré à l'AFP le président de l'équipe d'Oum el-Fahem, Mohammed Daoud Abou Raja.

Pour réduire les risques d'affrontements, les supporters des deux clubs sont entrés dans l'enceinte par des portes différentes après avoir passé plusieurs contrôles et subi des fouilles au corps.

Par cette soirée hivernale, les fans du Beitar s'étaient enveloppés dans les écharpes jaunes et noires frappées du chandelier à sept branche et de deux lions, symboles de l'équipe hiérosolymitaine.

"Il n'y aura pas d'arabes ou de musulmans au Beitar, ils ne méritent pas de porter le maillot avec la ménorah (le chandelier), proclamait Maurice Ben Hamo, un supporter d'une vingtaine d'années.

Mais Tzahi Sinaï, un soldat, refusait de mêler politique et sport. "La violence et le racisme n'ont pas leur place sur le terrain", plaidait-il.

La tension qui a précédé le match a été telle que la direction du Beitar Jérusalem avait demandé en vain à la Fédération de football que ce match se tienne sans public.

Un noyau dur de supporters du Beitar Jérusalem, connu pour ses débordements racistes, avaient protesté samedi, lors du dernier match du club, contre le recrutement de deux joueurs musulmans de la république de Tchétchénie, décidé par le propriétaire du club, Arcadi Gaydamak, d'origine russe.

Le président israélien Shimon Peres, dans une lettre au président de la Fédération en vue du match, a "appelé tous les fans de football à s'abstenir de toute expression ou manifestation de racisme à l'intérieur comme à l'extérieur des stades".

L'ex-Premier ministre et ancien maire de Jérusalem (1993-2003) Ehud Olmert, fan déclaré du Beitar, a annoncé dans une tribune publiée mardi par le Yediot qu'il n'irait "plus aux matches" du club tant qu'il n'aurait pas "exclu les groupes racistes en les séparant de l'équipe".

Les supporteurs du Beitar sont connus pour leur ultranationalisme et leurs fréquents dérapages racistes anti-arabes, qui ont valu de nombreuses sanctions au club. Ils avaient fait scandale en 2007 en conspuant le nom du Premier ministre Yitzhak Rabin, assassiné en 1995 par un extrémiste de droite.

Descendants des 160.000 Palestiniens restés sur leur terre après la création d'Israël en 1948, les Arabes israéliens sont aujourd'hui environ 1,4 million, soit 20% de la population. Exemptés de service militaire obligatoire, ils subissent des discriminations, en particulier en matière de logement et d'emploi.

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