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29/01/2013 09:59 EST | Actualisé 31/03/2013 05:12 EDT

Enquête publique : Kathleen Wynne pas chaude à l'idée

Avant son premier caucus mardi midi, la prochaine première ministre de l'Ontario a semblé rejeter une demande du NPD, qui veut que Kathleen Wynne lance une enquête publique sur la coûteuse annulation par son prédécesseur libéral de deux projets de centrales électriques.

Mme Wynne a indiqué qu'elle rencontrera bientôt la chef néo-démocrate, Andrea Horwath, pour « discuter de nombreux enjeux. » Elle a ajouté, en référence à la tenue d'une enquête publique, que « nous devons dépenser les deniers publics de façon prudente. »

La décision du gouvernement McGuinty d'annuler des projets de centrales électriques au gaz naturel à Oakville et à Mississauga, respectivement avant les dernières élections et durant la campagne, a coûté au moins 230 millions de dollars au trésor public, à cause de bris de contrat et de compensations pour les promoteurs.

Lundi, la chef du NPD a affirmé qu'une enquête publique était l'unique façon de « dépolitiser » la question, qui a paralysé la dernière session législative.

Mme Horwath a donné 30 jours à Mme Wynne pour se décider. Toutefois, elle n'a pas voulu préciser si elle laisserait carrément tomber le gouvernement minoritaire, quitte à avoir des élections, si la nouvelle chef libérale ignorait sa demande.

Unité et régions

La nouvelle chef libérale a confirmé mardi qu'elle gérerait elle-même le ministère de l'Agriculture. Selon les observateurs, la députée torontoise tente ainsi de tisser des liens avec le milieu rural dans l'espoir d'y ravir des sièges aux conservateurs lors des prochaines élections.

Mme Wynne a promis également un cabinet qui représenterait bien l'ensemble des régions de la province. Or, pour ce faire, la prochaine première ministre devra d'abord réparer les fractures régionales au sein de son propre parti.

Lors de la course à la direction du Parti libéral (PLO), l'ensemble des députés libéraux du Nord et de l'Est de l'Ontario se sont rangés derrière son adversaire Sandra Pupatello, qui a fini deuxième samedi. Cette dernière a, par ailleurs, rejeté l'invitation de Mme Wynne de tenter de se faire élire pour rester à ses côtés dans le gouvernement.

Mme Wynne, diplômée en médiation de l'Université Harvard, aura besoin de tous ses talents de médiatrice pour unifier son parti, selon le politologue Patrice Dutil, de l'Université Ryerson de Toronto.

De son côté, le premier ministre démissionnaire, Dalton McGuinty, qui dirige toujours officiellement la province en attendant l'assermentation de Mme Wynne, ne participe pas à la réunion du caucus mardi.

Demandes de l'opposition

En plus de l'enquête publique réclamée par le NPD, le chef conservateur, Tim Hudak, a déclaré lundi que sa « priorité était la création d'emplois » et que son appui au gouvernement libéral dépendrait des actions de Mme Wynne à ce sujet.

Il s'est dit « optimiste », tout en s'inquiétant de la déclaration de Mme Wynne, qui a affirmé vouloir bâtir l'avenir sur les fondations coulées par Dalton McGuinty (son prédécesseur libéral). Selon lui, il faut réduire les dépenses.

Le chef conservateur a multiplié les annonces à saveur électoraliste au cours des dernières semaines. Par ailleurs, le PC a déjà lancé une campagne de publicité contre la nouvelle chef libérale, qui sera assermentée première ministre au cours des prochains jours.

Mme Wynne affirme que « les Ontariens ne veulent pas d'une autre élection », moins d'un an et demi après la dernière.

Fin de la prorogation

Kathleen Wynne a répété, lors de sa première conférence de presse officielle dimanche, qu'elle allait rappeler les députés au travail le 19 février. Elle a affirmé qu'elle travaillerait avec les chefs de l'opposition pour trouver des terrains d'entente. « Nous devons travailler ensemble. Les rancoeurs et les coups bas à l'Assemblée législative ne peuvent pas continuer », a-t-elle affirmé. Elle veut ainsi éviter une élection provinciale.

Kathleen Wynne a parlé au chef du Parti conservateur, Tim Hudak, samedi soir. « Cela a été une conversation courte, mais positive. Un bon premier contact », a-t-elle affirmé. Elle s'attend à parler bientôt avec la chef du Nouveau Parti démocratique de l'Ontario, Andrea Horwath.

Mme Horwath a publié un communiqué samedi soir pour féliciter Kathleen Wynne. « Je demande à la nouvelle première ministre de rappeler sans délai l'Assemblée législative de sorte que l'ensemble des députés, quelle que soit leur appartenance politique, puissent travailler à remplir la tâche leur ayant été confiée lors des dernières élections par les Ontariens et les Ontariennes », a-t-elle écrit.

Les contrats des enseignants resteront

Lors de son point presse, dimanche matin, Kathleen Wynne a aussi abordé le sujet brûlant de l'éducation et du conflit de travail entre la province et les enseignants. Des milliers d'entre eux ont d'ailleurs manifesté samedi à Toronto, à l'extérieur de l'ancien Maple Leaf Gardens où se tenait le congrès à la direction du Parti libéral de l'Ontario.

« Je compte rencontrer les enseignants et les conseils scolaires pour construire un autre processus », a déclaré la première ministre. Toutefois, Kathleen Wynne n'annulera pas les contrats en place imposés par le premier ministre démissionnaire Dalton McGuinty.

Économie

Kathleen Wynne devra aussi composer avec le déficit de la province, qui s'élève à près de 12 milliards de dollars. Elle compte reprendre le rapport de l'économiste Don Drummond et se pencher sur les recommandations qui n'ont pas été mises en oeuvre.

Elle a écarté, toutefois, l'idée de ralentir l'entrée en vigueur du programme de maternelle à temps plein, comme le recommandait M. Drummond. Le chef conservateur dit lui aussi que la province n'a pas les moyens, actuellement, de se payer un tel programme.

Mme Wynne affirme par ailleurs vouloir revoir le système d'aide sociale qui, selon elle, pénalise les gens et n'aide pas ceux qui entrent sur le marché du travail. « Ils participeront à l'économie. C'est une bonne chose pour eux en tant qu'individus, mais c'est encore mieux pour l'économie parce qu'ils deviennent plus productifs », a déclaré Kathleen Wynne.

Son adversaire conservateur, Tim Hudak, propose, lui, de réduire les prestations des personnes qui n'arrivent pas à se trouver un emploi.

Historique

Kathleen Wynne sera la première femme de l'histoire de l'Ontario à diriger la province.

La prochaine première ministre de l'Ontario est aussi ouvertement homosexuelle. « Je ne suis pas une militante homosexuelle et ce n'est pas de cette façon que je me suis engagée en politique, a-t-elle affirmé, mais il est important pour moi que les jeunes et ceux qui ont peur puissent voir les possibilités et si je peux aider les gens à avoir moins peur, c'est une chose merveilleuse ».