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29/01/2013 02:26 EST | Actualisé 31/03/2013 05:12 EDT

A Alep, l'horreur d'un nouveau massacre

Le volontaire dépose un corps dans un camion, où gisent déjà une quinzaine de cadavres. Des civières arrivent avec de nouveaux morts repêchés dans la rivière Qouweiq, à Alep, la plupart portant un impact de balle dans la tête.

Sur le bord de la rivière, des dizaines de corps portant des habits civils sont recouverts de boue. Beaucoup sont méconnaissables. "On ne sait pas qui ils sont, ils ne portent pas de papiers d'identité", se lamente le volontaire.

"Nous les emmenons pour que les familles les identifient. Ceux qui ne seront pas identifiés seront enterrés dans une fosse commune", explique à un correspondant de l'AFP le capitaine rebelle Abou Saada.

"Certaines personnes portent des impacts de balles sur le corps" et certaines ont "été jetées à l'eau vivantes et sont mortes noyées", souligne un combattant rebelle, Abou Seif.

Des centaines de personnes accourent à la recherche d'un père, un frère, un fils ou un mari.

"Mon frère a disparu il y a plusieurs semaines, depuis qu'il est passé dans la zone contrôlée par le régime. Nous ne savons rien de lui, je suis venu le chercher", explique Mohammad Abdelassis. "C'est possible qu'il soit là", dit-il inspectant un à un les corps recouverts de boue.

Abou Seif affirme que 78 corps ont été récupérés dans la rivière Qouweiq, qui sépare les deux quartiers rebelles Boustane al-Kasr et Ansari (sud-ouest). Selon lui, il en reste encore une trentaine que l'ASL ne peut pas récupérer en raison des tireurs embusqués du régime.

"Ce n'est pas la première fois que nous découvrons des corps de personnes exécutées, mais jamais autant", affirme Abou Anas, un combattant rebelle regardant avec stupeur le corps d'un enfant d'une douzaine d'années portant l'impact d'un tir dans la nuque.

Les cadavres ont été emmenés à l'école Yarmouk, dans le quartier de Boustane al-Kasr. Posés sur le sol, ils sont recouverts d'un drap bleu, un numéro est inscrit à côté de chacun d'eux.

Un infirmier compte les corps. "Il y en a qui sont morts noyés parce qu'on leur a tiré dans les jambes ou l'abdomen avant de les jeter à l'eau", explique Ali, selon qui certains décès pourraient remonter à trois jours.

Dans la cour de l'école, l'odeur est nauséabonde. Les familles passent devant les corps, certains se couvrent le nez avec un mouchoir ou leurs propres vêtements.

Seul le visage des victimes est visible pour permettre aux familles de les identifier et les emmener pour les enterrer. "Il s'agit de civils, il y a un enfant parmi eux qui a aussi été exécuté de sang froid", affirme Abou Seif.

"Hier, ils n'ont pas pu prendre Boustane al-Kasr, et c'est ainsi qu'ils se vengent", estime-t-il. "La mort de certains remonte à plusieurs jours, mais la majorité ont été exécutés récemment", souligne-t-il.

"Le régime les jette dans la rivière pour qu'ils arrivent dans la zone sous notre contrôle et que les gens croient que nous les avons tués", commente ce combattant.

Mais un responsable au sein des services de sécurité a affirmé à l'AFP qu'il s'agissait de "citoyens de Boustane al-Kasr qui ont été enlevés par des groupes terroristes après avoir été accusés d'être en faveur du régime". Le régime assimile les rebelles à des "terroristes".

"Leurs familles ont essayé de négocier (leur libération) sans succès à plusieurs reprises avec les groupes terroristes", a-t-il dit, ajoutant: "ils ont été exécutés dans la nuit de lundi à mardi dans le jardin de Talea al-Baas à Boustane al-Kasr et leurs corps ont été jetés dans la rivière".

Le régime syrien a accusé le Front Nosra, un groupe rebelle jihadiste présent sur quasiment tous les fronts en Syrie, d'être responsable de ces exécutions, selon l'agence officielle Sana.

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