POLITIQUE
28/01/2013 12:16 EST | Actualisé 30/03/2013 05:12 EDT

Pauline Marois pourrait mettre des bâtons dans les roues du libre-échange avec l'Europe

LONDRES - La première ministre Pauline Marois se réserve le droit de nuire à la mise en oeuvre d'un éventuel accord de libre-échange avec l'Union européenne si le texte final ne respecte pas les exigences de son gouvernement.

La Constitution canadienne prévoit que c'est le gouvernement fédéral qui signe les traités commerciaux avec les autres pays. C'est l'une des raisons pour lesquelles le Parti québécois veut faire la souveraineté, a déclaré Mme Marois en conférence de presse à Londres, lundi.

Par contre, Québec peut, «par ses propres lois et règlements, créer de telles embûches que ça peut être difficile de mettre en oeuvre (le traité), a-t-elle soutenu. On pourrait ne pas appliquer certaines des parties des ententes (relevant des compétences provinciales).»

Les négociations de ce projet ambitieux durent depuis l'automne 2008. Comme plusieurs des questions abordées touchent aux compétences des provinces, Ottawa a invité celles-ci à prendre part aux pourparlers. Les plus importants points d'achoppement n'ont pas encore été réglés: ouverture des marchés européens du boeuf et du porc, appellations réservées pour les produits alimentaires européens et respect des brevets pharmaceutiques.

La chef péquiste a précisé que plusieurs des questions au coeur des discussions sont des «intouchables» pour Québec. Elle a donné l'exemple de la «gestion de l'offre», qui protège les producteurs canadiens de lait, d'oeufs et de volaille, mais qui ne semble pas remise en question pour le moment.

C'est dans l'éventualité où le gouvernement du Québec n'obtiendrait pas ce qu'il souhaite sur au moins une de ces questions «intouchables» qu'il pourrait mettre des bâtons dans les roues du projet.

«À un moment donné, quand on arrive à certains principes avec lesquels on n'est pas capables de vivre ou des ententes qui ont de tels impacts sur nos marchés que c'est inacceptable, eh bien à ce moment-là, je ne crois pas qu'il faille céder», a affirmé Pauline Marois.

La semaine dernière, à Davos, où se déroulait le Forum économique mondial, le ministre canadien du Commerce international, Ed Fast, a affirmé à La Presse Canadienne qu'il n'allait pas signer d'entente avec l'Europe si Ottawa n'obtient pas l'assentiment des provinces.

«La position que nous avons établie pour le Canada est que nous allons signer un accord commercial seulement si celui-ci est très clairement dans l'intérêt du Canada, a-t-il dit. Alors pour nous, ce n'est pas l'échéancier qui compte le plus, mais la qualité de l'entente.»

Le ministre Fast a admis qu'il restait encore «une poignée d'enjeux très difficiles» à négocier à la table, mais il a assuré que le Canada et l'UE continuaient malgré tout à faire preuve d'«un haut niveau d'ambition» et de «bonne volonté».

Lundi, Mme Marois s'est somme toute dite «assez positive» quant aux chances qu'un accord soit conclu. Personne n'ose plus, cependant, prédire le moment de la fin des négociations.

Discours

Plus tard lundi, Mme Marois a prononcé un discours devant la Chambre de commerce Canada - Royaume-Uni. La centaine de personnes venues l'entendre l'ont écoutée attentivement présenter la stratégie économique de son gouvernement, mais à la fin de l'allocution, les applaudissements ont été polis, sans plus.

L'assistance était principalement composée de dirigeants d'entreprises canadiennes présentes au Royaume-Uni, dont Bombardier et CGI, et de firmes britanniques actives au Québec, principalement Rolls-Royce et ArcelorMittal. Des représentants des délégations de l'Écosse, de la Catalogne, de la Flandre et de l'Australie-Méridionale s'y trouvaient aussi, tout comme l'ancien premier ministre de Colombie-Britannique, Gordon Campbell, qui est maintenant haut-commissaire du Canada à Londres.

Le fait que Mme Marois prône la souveraineté du Québec a peu d'importance aux yeux des Britanniques puisque la question n'est plus vraiment d'actualité, a estimé M. Campbell. La chef péquiste a d'ailleurs à peine mentionné le sujet dans son allocution.

Fait intéressant, Pauline Marois a parlé du «Plan Nord pour tous», réunissant en un seul nom les appellations données par les deux principaux partis politiques québécois à ce programme de développement nordique: le «Plan Nord» des libéraux et «Le Nord pour tous» du PQ. Au cabinet de la première ministre, on a juré que le changement de nom n'avait rien de permanent et qu'il visait simplement à faciliter la tâche des interlocuteurs internationaux, plus habitués à l'appellation «Plan Nord».

Mme Marois et son ministre des Affaires intergouvernementales, Alexandre Cloutier, se sont par ailleurs rendus lundi au Foreign & Commonwealth Office pour rencontrer le ministre délégué responsable de l'Amérique du Nord pour le Royaume-Uni, Alistair Burt. Rien n'a filtré de la réunion, à laquelle les médias n'ont pu assister.

Mardi, Pauline Marois sera à Édimbourg pour rencontrer son homologue écossais, Alex Salmond, qui est également souverainiste. Un référendum sur l'avenir de l'Écosse au sein du Royaume-Uni doit être tenu à l'automne 2014, mais pour l'instant, à peine 30 pour cent des électeurs sont favorables à l'indépendance, selon les sondages.

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