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28/01/2013 06:24 EST | Actualisé 30/03/2013 05:12 EDT

En guise de provocation, les Égyptiens défient l'ordonnance de couvre-feu

LE CAIRE, Égypte - Des manifestants ont participé à des affrontements contre la police pendant des heures au Caire, et des milliers de citoyens ont marché dans trois villes égyptiennes du canal de Suez, lundi, en réponse à la décision de Mohammed Morsi, annoncée la veille, de décréter un couvre-feu et l'état d'urgence dans ces trois villes.

Ces nouveaux affrontements ont jeté une douche d'eau froide sur les efforts du président Morsi de contenir cinq jours de violences politiques qui sont allés en s'amplifiant.

Près de 60 personnes ont perdu la vie pendant la vague de manifestations, d'affrontements, d'émeutes et de protestations ayant touché plusieurs villes du pays, mais particulièrement celles en bordure du Canal, où les résidants se sont carrément révoltés.

Le plus récent décès est survenu lundi, au Caire.

Un manifestant a succombé à des blessures par balle alors que des jeunes armés de pierres ont bataillé jour et nuit contre des policiers qui répliquaient à l'aide de gaz lacrymogène près du pont Qasr al-Nil, qui surplombe le Nil et qui est situé près de grands hôtels.

Et dans des images rappelant la révolution de 2011 qui a provoqué le départ de Hosni Moubarak, des manifestants ont incendié un véhicule blindé appartenant à la police, sur la place Tahrir, et célébré pendant que le feu faisait rage.

«Je vais revenir ici tous les jours jusqu'à ce que le sang de nos martyrs soit vengé», a déclaré Islam Nasser, un menuisier de 19 ans qui portait un masque de Guy Fawkes pendant qu'il affrontait les policiers près de la place Tahrir.

En colère, criant même parfois et agitant le doigt, M. Morsi a décrété, dimanche, un couvre-feu et l'état d'urgence pour une période de 30 jours dans les villes de Suez, Ismaïlia et Port-Saïd, ainsi que dans leurs provinces du même nom. Le président a déclaré avoir ordonné à la police de réagir «fermement et avec force» aux manifestations et a menacé de sévir davantage si la sécurité n'était pas rétablie.

Mais lorsque le couvre-feu, qui s'étendait de 21 h à 6 h, a commencé lundi soir, de nombreux citoyens ont marché dans les rues de Port-Saïd, faisant résonner des tambours et scandant «Erhal, ehral» (Partez, partez) — un chant qui avait d'abord été entendu lors des manifestants menant au renversement de Hosni Moubarak, en 2011, mais dorénavant dirigé vers M. Morsi.

«Nous rejetons totalement les mesures de Morsi. Comment pouvons-nous avoir un couvre-feu dans une ville dont le gagne-pain dépend du commerce et du tourisme?», a fait remarquer Ahmed Nabil, un enseignant de cette ville qui borde la mer Méditerranée.

À Suez et à Ismaïlia, des milliers des citoyens ont envahi les rues, après le couvre-feu, et scandé des chansons contre Mohammed Morsi et les Frères musulmans, organisation de laquelle le président est issu. À Suez, des résidants ont tenu des feux d'artifice qui ont illuminé le ciel.

Les ennuis du président se sont amplifiés, lundi, lorsque la principale coalition d'opposition a rejeté son invitation au dialogue pour résoudre la crise, l'une des pires et plus meurtrières en Égypte depuis le départ de Hosni Moubarak.

Néanmoins, le dialogue a eu lieu tard lundi après-midi. Une liste des participants rendue publique, plus tard, par le Palais présidentiel révélait que M. Morsi a présidé une session inaugurale composée presque exclusivement de confrères islamistes dont le soutien à son endroit n'a jamais fait de doute.

Les gestes de violence ont commencé jeudi et se sont accélérés vendredi lorsque des protestations marquant le deuxième anniversaire du début des manifestants anti-Moubarak ont viré en affrontement dans plusieurs secteurs du pays faisant 11 morts, la plupart à Suez.

Le lendemain, des émeutes ont éclaté à Port-Saïd après qu'un tribunal eut reconnu coupable et condamné à mort 21 défendeurs — majoritairement des citoyens locaux — en lien avec une émeute qui avait éclaté dans le principal stade de soccer de la ville il y a un an.

Des émeutiers ont attaqué des stations de police, affronté les forces de sécurité dans les rues et des coups de feu et des gaz lacrymogènes ont été lancés lors de funérailles de manifestants qui ont fait 44 victimes pendant le week-end.

L'agence de presse du Moyen-Orient (MENA) a annoncé que trois autres personnes étaient décédées lundi, succombant à des blessures subies samedi, portant à 47 le nombre de victimes tuées dans la ville au cours des trois derniers jours.